Dans un entretien au Point, Raphaël Doan revient sur la question des robots humanoïdes. Pourquoi vouloir des machines qui nous ressemblent ? Selon lui, cette aspiration est ancienne : dès l'époque hellénistique, des savants d'Alexandrie créaient des automates capables de verser du vin. L'envie de fabriquer des êtres à notre image traverse les siècles.
Une convergence technologique récente
Pendant la révolution industrielle, les machines étaient ultra-spécialisées : tisser, assembler, souder. Ce qui a changé, c'est la capacité à concevoir des robots multitâches. Deux innovations venues d'ailleurs ont tout débloqué : les drones, qui ont permis de maîtriser la stabilisation des articulations, et les batteries des voitures électriques, offrant autonomie et puissance. Ces progrès rendent soudain l'humanoïde viable.
La forme humaine comme impératif technique
Pourquoi la forme humaine ? D'abord pour des raisons pratiques : les tâches à accomplir (vider le lave-vaisselle, promener le chien, travailler à la chaîne) se déroulent dans des environnements conçus par et pour des humains. Ensuite, il y a une dimension culturelle : l'abondance, pour nous, c'est être servi. Le monde idéal est celui où des serviteurs nous facilitent la vie en permanence.
Un retour des domestiques ?
Exactement. Un intellectuel romain ne se concevait pas sans sa cohorte d'esclaves. Une grande partie de la production scientifique, culturelle et artistique de l'Antiquité au XIXe siècle reposait sur des personnes ayant des domestiques. Ce futur où tout le monde vivra comme un aristocrate est crédible : les courbes de progression de l'innovation le laissent penser.
Vers un monde sans valeur ajoutée humaine ?
Avec l'IA, on a touché à la partie cognitive et créative. Avec les humanoïdes, on ajoute la partie physique. Tous les pans de ce que peut faire un humain seraient automatisables, impliquant une perte de valeur ajoutée économique. Mais l'humain a toujours su s'inventer de nouvelles occupations, parfois inutiles, comme le décrit David Graeber dans Bullshit Jobs. Et il restera une valeur dans ce qui est fait par des humains : un concert n'est pas une performance technique, mais une rencontre avec de vraies personnes.
Faut-il s'inquiéter ?
Une grande partie de l'histoire humaine a consisté à travailler moins et à délaisser les tâches pénibles. Se réjouir que les enfants ne descendent plus dans les mines est consensuel. Peut-être que dans cent ans, nos descendants regarderont les images de nos usines à la chaîne et de nos tâches domestiques en disant : c'est inhumain. L'arrivée des robots humanoïdes bousculera notre conception de ce qui est inhumain.



