La France dévoile sa stratégie énergétique pour la décennie 2025-2035
Ce jeudi 12 février 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a officiellement présenté la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3), feuille de route gouvernementale qui définit les orientations de la production énergétique française pour les dix prochaines années. Cette annonce tant attendue par les acteurs du secteur a été faite depuis les barrages hydroélectriques de Saut-Mortier et de Vouglans, dans le département du Jura.
Un cap clair vers la décarbonation
Le document stratégique, qui doit être publié par décret au Journal officiel dès le vendredi 13 février, fixe un objectif ambitieux de réduction de la dépendance aux énergies fossiles. La part des énergies fossiles dans la consommation finale d'énergie devrait passer de près de 60% en 2023 à seulement 40% d'ici 2030. Cette transition s'appuiera sur l'électrification progressive de secteurs aujourd'hui dépendants des hydrocarbures, notamment les transports avec le développement des véhicules électriques, le bâtiment via les pompes à chaleur, et l'industrie avec l'adoption de fours électriques.
Le nucléaire au cœur de la stratégie
La PPE3 marque un tournant significatif par rapport à la programmation précédente qui prévoyait la fermeture de 14 réacteurs nucléaires. Le gouvernement opte désormais pour une relance ambitieuse de la filière nucléaire. Le document prévoit une optimisation du parc existant dès 2030, avec notamment la réouverture récente de la centrale de Flamanville, redémarrée une semaine avant l'annonce. La production nucléaire devrait ainsi atteindre entre 380 et 420 térawatt-heures (TWh) contre 320 TWh en 2023, s'alignant ainsi sur les objectifs d'EDF.
Le projet de construction de six nouvelles centrales nucléaires reste cependant conditionné à l'obtention du feu vert de la Commission européenne concernant le schéma d'aides publiques prévu pour financer ces installations. Il est important de noter que ces futurs réacteurs, dont le premier ne serait opérationnel qu'en 2038 au mieux, ne contribueront pas directement aux objectifs fixés pour 2035.
Un ralentissement pour les énergies renouvelables terrestres
En parallèle de cette relance nucléaire, la PPE3 acte un ralentissement du déploiement des énergies renouvelables terrestres, conséquence directe de la stagnation observée dans la consommation électrique nationale. Les objectifs pour l'éolien terrestre et le solaire photovoltaïque ont été revus à la baisse par rapport aux versions précédentes du document.
- La production solaire est désormais fixée à 48 gigawatts (GW) d'ici 2030, contre 54 GW dans la dernière version soumise à consultation publique
- L'éolien terrestre vise 31 GW contre 33 GW précédemment
Cette révision intervient malgré les attentes des représentants de la filière des énergies renouvelables, qui espéraient le maintien des objectifs initiaux. La nouvelle programmation mise davantage sur l'éolien en mer, tout en reconnaissant les retards accumulés dans le déploiement de cette technologie et en ajustant en conséquence les échéances temporelles.
Une feuille de route pour l'investissement et l'emploi
La publication de cette PPE3, fruit de cinq années de débats intenses, constitue un signal fort pour l'ensemble des acteurs du secteur énergétique français. Ce document stratégique leur permettra désormais de lancer leurs projets industriels avec une visibilité accrue, tout en anticipant les besoins futurs en matière d'investissements, de compétences techniques et de création d'emplois dans la filière.
La feuille de route énergétique française pour la période 2025-2035 s'inscrit ainsi dans une logique de transition progressive vers une économie décarbonée, avec un mix énergétique rééquilibré en faveur du nucléaire et une approche plus pragmatique concernant le déploiement des énergies renouvelables terrestres.