La Croatie propose un oléoduc pour réduire la dépendance énergétique de la Hongrie à la Russie
Oléoduc croate : alternative au pétrole russe pour la Hongrie ?

La Croatie présente son oléoduc comme solution à la dépendance énergétique hongroise

La Croatie dispose-t-elle de la solution pour mettre un terme définitif à la dépendance de la Hongrie au pétrole russe ? Selon le média Politico, Zagreb affirme qu'un réseau d'oléoducs vieux de 35 ans, s'étendant sur 600 kilomètres à travers les Balkans jusqu'à l'Europe centrale, pourrait constituer une alternative fiable au brut russe pour la Hongrie et la Slovaquie. Cette infrastructure permettrait de renforcer les efforts de l'Union européenne visant à éliminer les derniers liens énergétiques avec Moscou.

Une dépendance accrue malgré les alternatives

Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, la Hongrie et la Slovaquie continuent de dépendre largement du pétrole russe. Budapest est passée de 61% de ses importations en 2021 à 93% en 2025, selon le centre de réflexion CSD basé à Sofia. Viktor Orban, au pouvoir depuis 16 ans, a fait du pétrole russe bon marché un élément central de sa politique, avec le soutien affiché des États-Unis. Il s'oppose fermement à l'alternative croate, bien que l'oléoduc Adria alimente déjà le pays en quantités non négligeables.

Fin janvier, une panne de l'oléoduc Druzhba, qui transporte le pétrole russe via l'Ukraine vers la Hongrie et la Slovaquie, a quasiment interrompu les flux. Depuis février, Budapest accuse Kiev de ralentir volontairement les réparations et met en garde contre d'éventuelles perturbations de l'approvisionnement, d'autant plus que la guerre en Iran pourrait accentuer les tensions sur les marchés énergétiques.

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L'oléoduc Adria : une infrastructure stratégique

Construit en 1989 et exploité par la société croate Janaf, l'oléoduc Adria transporte du pétrole brut depuis les ports de l'Adriatique vers les Balkans et l'Europe centrale. Pour Zagreb, cette infrastructure représente une solution concrète pour réduire la dépendance hongroise au pétrole russe, alors que les risques d'approvisionnement augmentent.

Après une demande d'approvisionnement d'urgence formulée par la Hongrie en février, la Croatie a augmenté les volumes transitant par Adria. Entre le 26 février et le 25 mars, 800 000 tonnes ont été livrées au groupe pétrolier hongrois MOL, qui exploite des raffineries en Hongrie et en Slovaquie. Ces chiffres, évoqués par le ministre croate de l'Énergie lors d'une réunion à huis clos, suggèrent que l'oléoduc pourrait couvrir jusqu'à deux tiers des 14 à 15 millions de tonnes traitées chaque année par MOL.

Neuf cargaisons supplémentaires sont attendues en avril et mai, sur un total de 17 depuis février, selon Janaf. La porte-parole de Janaf, Michaela Julijana Vranjes, affirme que l'oléoduc peut acheminer environ 280 000 barils par jour, soit davantage que Druzhba.

Le veto hongrois et les enjeux politiques

Les autorités hongroises assurent qu'il n'y a pas de pénurie immédiate, mais soutiennent que le pétrole acheminé par Adria ne constitue pas une alternative équivalente au brut russe, qu'elles jugent moins cher et mieux adapté à leurs installations. Elles ont rejeté la proposition de Janaf d'augmenter durablement l'utilisation de l'oléoduc, estimant que les frais de transit sont trop élevés.

Elles s'appuient sur un test de capacité réalisé en septembre, qui, selon elles, démontrerait que l'infrastructure ne peut pas absorber les volumes nécessaires. Michaela Julijana Vranjes conteste cette affirmation, soulignant que le test de septembre a été limité à la demande même de MOL. Elle déclare : "Il est clair que les objections du groupe MOL ne concernent ni les prix ni la capacité, mais la volonté de maintenir aussi longtemps que possible l'exception permettant d'importer du pétrole russe sous sanctions."

Pour certains observateurs, la position de la Hongrie traduit une volonté politique plus profonde de maintenir les liens avec la Russie. Isaac Levi, chercheur au Center for Research on Energy and Clean Air, affirme : "La Hongrie dispose de suffisamment de capacité via l'oléoduc Adria pour couvrir 100% de sa demande et fait face à des frais de transit inférieurs à ceux du pétrole russe. La réalité est que la dépendance aux combustibles fossiles russes ne relève pas de contraintes techniques, mais d'une question de volonté politique."

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Les perspectives électorales et les engagements futurs

L'issue pourrait dépendre du résultat des élections législatives en Hongrie. Le parti d'opposition Tisza, actuellement en tête face au Fidesz d'Orban, prévoit de mettre fin aux importations d'énergie russe d'ici à 2035. Le ministre croate de l'Économie, Ante Šušnjar, a également évoqué un engagement récent de la Hongrie à acheter du pétrole à l'administration Trump. Selon lui, ce pétrole transiterait par l'oléoduc Adria croate.

Cette situation illustre les tensions géopolitiques et énergétiques en Europe, où les infrastructures existantes pourraient offrir des alternatives, mais où les décisions politiques continuent de façonner la dépendance aux ressources russes.