Hausse des prix de l'énergie : inflation et croissance menacées en Europe
Hausse des prix de l'énergie : inflation et croissance menacées

Nous analysons ici l'impact d'une augmentation du prix de l'énergie sur les économies européenne et française. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient fin février 2026, le prix du pétrole est passé de 70 à plus de 100 dollars le baril, tandis que celui du gaz naturel en Europe a grimpé de 30 à 45 euros le MWh. Cette hausse représente une augmentation de près de 50 % des prix des énergies fossiles importées, en euros, depuis le début de la guerre avec l'Iran.

Comparaison avec le choc de 2022

À titre de comparaison, lors du déclenchement de la guerre en Ukraine début 2022, la hausse des prix des importations d'énergies fossiles par l'Europe avait atteint 100 %, en raison de l'arrêt des importations de gaz russe. Le choc actuel est donc équivalent à la moitié de celui subi en 2022. Nous pouvons nous inspirer des effets de ce précédent choc pour anticiper les conséquences potentielles de la situation présente.

Une inflation dépassant 4 %

Le premier effet est l'inflation. Entre mars et septembre 2022, les prix à la consommation d'énergie ont bondi de plus de 40 % sur un an, entraînant une inflation totale supérieure à 10 % à l'été 2022. Cette hausse a provoqué une accélération des salaires, passant d'une progression de 4 % sur un an début 2022 à 5,2 % début 2023. L'inflation sous-jacente est ainsi passée de 2,1 % en février 2022 à 5,7 % en avril 2023.

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Si le choc actuel persiste plusieurs mois, l'inflation dans la zone euro pourrait augmenter de plus de 3 points, dépassant 4 % sur un an. Les hausses de salaires, qui étaient de 3,7 % sur un an au quatrième trimestre 2025, pourraient repasser nettement au-dessus de 4 % début 2027. L'inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation non transformée) pourrait passer de 2,3 % en avril 2026 à plus de 3,5 % début 2027.

Ce scénario ne se réalisera que si les prix du pétrole et du gaz restent élevés durablement. Dans ce cas, la Banque centrale européenne (BCE) devra relever ses taux d'intervention, actuellement à 2,0 % pour le taux des dépôts. Bien qu'elle ne réagisse pas à un simple choc sur les prix de l'énergie, elle ne peut ignorer une hausse de l'inflation sous-jacente due à un effet de second tour sur les salaires.

Perte de revenus et impact sur la croissance

Qu'en est-il de l'effet sur la croissance ? Avant le conflit, les importations de combustibles représentaient 3,7 % du PIB pour l'Union européenne et 2,2 % pour la France. Si la hausse des prix dure un an, la perte de revenu atteindrait 1,85 point de PIB pour l'UE et 1,1 point pour la France.

Cette perte est répartie entre l'État, les entreprises et les ménages. Le déficit public se creuse en raison du ralentissement de la croissance et des possibles mesures de soutien. Les ménages subissent une baisse du pouvoir d'achat, les salaires nominaux augmentant moins que l'inflation, comme observé en 2022-2023. Les entreprises sont affectées par la hausse du coût de l'énergie.

Après le début de la guerre en Ukraine, la croissance du PIB dans la zone euro a ralenti au troisième trimestre 2022, devenant négative au quatrième trimestre (-0,1 %). Un an après le choc, au premier trimestre 2023, la croissance était nulle, contre 0,8 % par trimestre en moyenne au premier semestre 2022. La perte de croissance pour la zone euro était d'un peu plus de 3 points, proche de la perte de revenus calculée en multipliant le poids des importations d'énergie dans le PIB par la hausse des prix.

En conclusion, le consensus des prévisionnistes sous-estime l'effet inflationniste et négatif sur la croissance du choc énergétique actuel. Même si ce choc ne dure que six mois, il entraînerait une hausse de l'inflation d'environ 1,5 point et une perte de croissance de 1 point, bien plus que ce qui est anticipé aujourd'hui.

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