Le gouvernement opte pour l'électrification face à la flambée des prix des carburants
Confronté à une envolée des prix à la pompe, l'exécutif a annoncé mercredi privilégier le financement de l'électrification de l'économie plutôt qu'une baisse généralisée des taxes. Cette décision intervient dans un contexte politique tendu, marqué par plus d'un mois de guerre au Moyen-Orient et une pré-campagne présidentielle, où l'énergie devient un sujet brûlant.
Des recettes fiscales allouées à la transition énergétique
Le gouvernement a promis d'utiliser certaines recettes fiscales supplémentaires, générées par la hausse des prix des carburants, pour soutenir l'électrification. Lors d'une réunion à Matignon, la porte-parole et ministre déléguée à l'Énergie, Maud Bregeon, a indiqué que des professions comme les infirmiers libéraux pourraient bénéficier d'aides prochaines. « En roulant beaucoup, on entend les difficultés que peuvent avoir les métiers du soin », a-t-elle déclaré, ajoutant que d'autres secteurs, au-delà du transport, de l'agriculture ou de la pêche déjà aidés, pourraient être concernés.
Maud Bregeon et le ministre des Comptes publics, David Amiel, ont réfuté l'existence d'une « cagnotte » provenant de recettes fiscales accrues, comme l'affirme le Rassemblement national. Selon la porte-parole, ces surplus « ne se comptent pas en milliards » d'euros, contrairement aux estimations de Laurent Wauquiez, chef de file des députés LR, qui les évalue entre 2 et 3 milliards d'euros depuis le début de la crise. Elle a expliqué que l'augmentation des recettes est compensée par la baisse de consommation, la réduction de la croissance et la hausse des taux d'intérêt.
Priorité à l'électrification du parc automobile et mesures d'urgence
Avant cette réunion, le chef du gouvernement avait demandé à ses ministres d'identifier des actions prioritaires pour électrifier l'économie et réduire la dépendance aux hydrocarbures importés. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, doit ainsi mettre en place dans les prochaines semaines une offre de location de véhicules électriques pour certaines professions.
Le gouvernement se dit également prêt à prendre des mesures d'économies d'énergie en cas de difficultés d'approvisionnement, sans préciser les détails, en s'appuyant sur les actions de sobriété décidées en 2022-2023. À ce stade, il écarte tout risque de rupture d'approvisionnement, avec « moins de 10 % » des stations-service en rupture « totale ou partielle », souvent liées à TotalEnergies et son prix plafond qui attire une forte affluence.
Contraintes budgétaires et tensions sociales persistantes
Le gouvernement peine à répondre efficacement à la flambée des prix. Il a jusqu'ici distribué des aides ciblées à hauteur de 70 millions d'euros mensuels, alors que le prix du litre de gazole a battu un record la semaine dernière et que le SP95-110 a atteint la barre symbolique des 2 euros le litre mercredi. David Amiel a souligné la nécessité d'une discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5 % du PIB cette année, affirmant : « Nous ne pouvons pas verser une pluie de milliards d'euros chaque année dont nous n'avons pas le début d'un centime ».
Ces choix n'apaisent pas les tensions sociales. Les transporteurs et agriculteurs, dont la FNSEA a été reçue lundi par Sébastien Lecornu, maintiennent leur mobilisation. L'ONG Greenpeace accuse les compagnies pétrolières de réaliser plus de 80 millions d'euros de « surprofits » par jour dans l'UE depuis le début de la guerre. Sur le plan politique, Marine Le Pen, cheffe de file des députés RN, dénonce les « mensonges » du gouvernement et réclame une baisse de la TVA sur les carburants, tandis que La France insoumise demande un blocage des prix et le Parti socialiste des mesures ciblées sur les ménages vulnérables.
Le chef du gouvernement se rendra jeudi à Bordeaux avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, pour aborder ces enjeux dans un contexte régional.



