Alors qu'une vague de chaleur exceptionnelle frappe l'Europe, la compagnie aérienne low-cost Vueling a suscité une vive polémique en recommandant à ses clients de prendre l'avion pour fuir les températures élevées. Dans un communiqué publié vendredi 1er juillet, la filiale d'International Airlines Group (IAG) a suggéré que ses vols vers des destinations plus fraîches étaient une solution idéale pour échapper à la canicule.
Une communication jugée irresponsable
« Pourquoi souffrir de la chaleur quand vous pouvez vous envoler vers des cieux plus cléments ? », a demandé Vueling dans son message, invitant les voyageurs à réserver des billets vers des villes comme Édimbourg, Dublin ou Stockholm. La compagnie a même ajouté que ses avions climatisés offraient un répit bienvenu face aux températures caniculaires qui ont dépassé les 40 °C dans plusieurs régions d'Europe.
Cette initiative a immédiatement provoqué l'indignation des associations environnementales. Greenpeace a dénoncé une « communication irresponsable » alors que le secteur aérien est responsable de 2,5 % des émissions mondiales de CO2. « Encourager les gens à prendre l'avion pour fuir la canicule, c'est comme conseiller de boire de l'alcool pour se désaltérer », a déclaré un porte-parole de l'ONG.
Le transport aérien, un contributeur majeur au réchauffement
Selon un rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), l'aviation contribue au réchauffement climatique non seulement par ses émissions de CO2, mais aussi par les traînées de condensation et les oxydes d'azote. Les scientifiques estiment que l'impact climatique total du transport aérien est deux à quatre fois supérieur à celui de ses seules émissions de CO2.
En France, le secteur aérien a émis 22 millions de tonnes de CO2 en 2019, soit 5,7 % des émissions nationales. Face à l'urgence climatique, plusieurs pays européens ont mis en place des mesures pour limiter le trafic aérien, comme l'interdiction des vols court-courriers lorsqu'une alternative ferroviaire de moins de 2h30 existe.
Vueling défend sa position
Interrogée par Libération, la direction de Vueling a défendu sa communication, affirmant qu'elle ne faisait que répondre à une demande de ses clients. « Nous comprenons les préoccupations environnementales, mais notre rôle est d'offrir des solutions de mobilité. Prendre l'avion reste un choix personnel », a expliqué un porte-parole de la compagnie.
Cette polémique intervient alors que le secteur aérien tente de se relever de la crise du Covid-19. Selon l'Association internationale du transport aérien (IATA), le trafic aérien mondial devrait retrouver son niveau d'avant-pandémie d'ici 2023. Les compagnies low-cost comme Vueling, qui ont particulièrement souffert, cherchent à attirer les voyageurs avec des offres promotionnelles.
Des alternatives ferroviaires ignorées
Les critiques soulignent que Vueling aurait pu recommander des alternatives moins polluantes, comme le train. « Pour se rendre de Paris à Édimbourg, il existe des trains de nuit ou des liaisons TGV jusqu'à Londres, puis un train pour l'Écosse. L'empreinte carbone est bien moindre », a rappelé un représentant de la SNCF.
Selon une étude de l'Agence européenne pour l'environnement, un vol Paris-Londres émet 154 kg de CO2 par passager, contre 14 kg pour un trajet en train. L'écart est encore plus frappant pour les courtes distances.
Une réaction politique
La ministre de la Transition écologique a réagi sur Twitter, qualifiant la campagne de Vueling de « contreproductive et indécente ». Elle a rappelé que le gouvernement travaille à réduire l'impact du transport aérien, notamment via la loi Climat et Résilience qui prévoit la suppression de certaines lignes aériennes intérieures.
De son côté, l'Union européenne a annoncé vouloir renforcer le système d'échange de quotas d'émission (SEQE) pour le secteur aérien, afin d'inciter les compagnies à réduire leurs émissions. Les compagnies aériennes devront acheter des quotas pour couvrir leurs émissions, ce qui pourrait renchérir le prix des billets.



