Plateformes de livraison accusées de traite humaine par des associations de livreurs
Uber Eats et Deliveroo visées pour traite humaine par des livreurs

Plateformes de livraison accusées de traite humaine par des associations de livreurs

Un nouveau front judiciaire s'ouvre contre les géants de la livraison de repas à domicile. Ce mardi 21 avril, quatre associations de livreurs, dont deux originaires de Bordeaux, ont déposé une plainte pour traite des êtres humains au parquet de Paris, visant spécifiquement Uber Eats et Deliveroo.

Une plainte qui vise le cœur du modèle économique

Les associations, représentées par l'avocat Thibault Laforcade, ont également adressé une mise en demeure à Uber Eats. « Il s'agit pour nous du préalable à une procédure collective », précise l'avocat, qui ajoute : « Le modèle de ces plateformes est souvent qualifié d'esclavage moderne. Nous pensons que cette critique peut être traduite dans le droit pénal ».

Les plaignants s'appuient sur des données collectées auprès de 150 livreurs et sur plusieurs rapports officiels :

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  • Les rapports de l'Anses qui mettent en évidence les conséquences sur la santé des travailleurs soumis au management algorithmique
  • Un rapport du Défenseur des droits
  • Une étude récente de Médecins du monde menée avec l'IRD et l'Ined

Une réalité sociologique alarmante

Les documents présentés dressent un tableau accablant de la situation des livreurs. À Paris, 91% des livreurs sont des étrangers, selon le rapport de Médecins du monde. Dans la métropole bordelaise, 32% des livreurs n'ont pas de logement stable.

Jonathan L'Utile Chevallier, coordinateur de la Maison des livreurs à Bordeaux, assène : « Le business model de ces plateformes repose sur la précarité ». Les associations estiment que trois quarts des livreurs sont soit sans titre de séjour, soit dans une grande incertitude administrative.

Le management algorithmique au cœur des accusations

La plainte dénonce un « management algorithmique » qui fonctionnerait comme « un dispositif de contrôle total, discriminant et déshumanisé ». Elle accuse les plateformes de recruter délibérément via des slogans trompeurs comme « Découvrez votre ville en livrant à vélo » ou « Générez vos revenus selon votre emploi du temps ».

Pour les plaignants, cette situation crée une véritable dépendance économique faisant des livreurs « une main-d'œuvre captive, exposée à la domination des plateformes ».

Les réactions des plateformes

Uber Eats a réagi en affirmant : « C'est toujours avec ouverture et écoute que nous accueillons le débat autour du modèle de plateformes ». La société ajoute cependant : « Il est évident qu'aucun aspect de notre relation avec les coursiers ne peut s'apparenter à une traite des êtres humains », menaçant même d'actions en diffamation.

La plateforme conteste les conclusions du rapport de Médecins du monde, arguant qu'il se base principalement sur des déclarations de livreurs fréquentant les Maisons des livreurs dans seulement deux villes, alors qu'Uber Eats opère dans 538 agglomérations françaises.

Deliveroo, quant à elle, n'avait pas répondu aux sollicitations au moment de la publication de cette information.

Cette plainte marque une escalade significative dans les tensions entre les plateformes de livraison et les travailleurs qui en dépendent, posant des questions fondamentales sur l'avenir du travail dans l'économie des plateformes.

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