Une réforme du travail le 1er mai en débat à l'Assemblée nationale
La proposition de loi du groupe Renaissance, présentée ce vendredi 10 avril 2026 dans le cadre de sa niche parlementaire, vise à assouplir les règles encadrant le travail le 1er mai. Ce texte législatif, qui arrive en débat à l'Assemblée nationale, représente la suite d'un processus entamé il y a près d'un an, lorsque le Sénat avait adopté en première lecture une proposition similaire en juillet 2025.
Le caractère unique du 1er mai dans le droit du travail français
Paul-Henri Antonmattei, professeur de droit social à la faculté de Droit et de Science politique de Montpellier, rappelle que le 1er mai occupe une place particulière parmi les onze jours fériés annuels en France. Il est le seul à être à la fois férié et chômé de droit, conformément à l'article L 3133-4 du Code du travail. Cette disposition s'impose à tous les employeurs, contrairement aux dix autres jours fériés où le travail peut être exigé sans accord collectif préalable.
Le professeur Antonmattei précise également que l'article L 3133-5 du Code du travail stipule que le chômage du 1er mai ne peut pas être cause de réduction du salaire, garantissant ainsi une protection financière aux travailleurs.
Les nouvelles dérogations proposées
Les discussions parlementaires portent principalement sur l'article L 3133-6 du Code du travail, qui régit actuellement les dérogations au principe du chômage le 1er mai. Actuellement, les salariés travaillant ce jour-là bénéficient d'une indemnité égale à leur salaire, ce qui équivaut à une rémunération double.
La proposition de loi Renaissance vise à compléter cet article en ajoutant quatre nouvelles catégories d'activités où le travail pourra être autorisé :
- Les établissements assurant principalement la fabrication ou la préparation de produits alimentaires destinés à la consommation immédiate
- Les établissements dont l'activité exclusive est la vente de produits alimentaires au détail
- Les établissements exerçant principalement une activité de vente de fleurs naturelles répondant à un besoin traditionnel propre au 1er mai (notamment le muguet)
- Les établissements exerçant principalement une activité culturelle
Le volontariat comme principe fondamental
La proposition de loi insiste particulièrement sur le caractère volontaire du travail le 1er mai dans ces nouveaux secteurs. Les salariés devront exprimer leur accord par écrit auprès de leur employeur, et un refus de travailler ne pourra en aucun cas entraîner un licenciement ou être considéré comme une faute professionnelle.
Cette approche cherche à trouver un équilibre entre les besoins économiques de certains secteurs et les droits des travailleurs, répondant ainsi aux préoccupations exprimées par les syndicats qui s'opposent traditionnellement à toute forme de travail le 1er mai.
Une évolution pragmatique du droit social
Pour Paul-Henri Antonmattei, cette proposition de loi représente une évolution pragmatique qui déverrouille l'interdiction de principe de faire travailler des salariés un 1er mai. Le professeur de droit social estime que la nécessité d'obtenir l'accord préalable du salarié permet de couper la poire en deux face aux positions traditionnellement hostiles des organisations syndicales.
Toutefois, le spécialiste exprime une préférence pour une évolution réglementaire menée par les partenaires sociaux eux-mêmes, plutôt que par une initiative purement législative. Cette proposition de loi s'inscrit dans un débat plus large sur l'adaptation du droit du travail aux réalités économiques contemporaines, tout en préservant les acquis sociaux fondamentaux.



