Des objectifs inatteignables pour pousser les salariés dehors
« Ce n’était pas de l’accompagnement, c’était une mise au pilori. » Prouver son travail action par action, client par client, présenter des traces du moindre rendez-vous, mais aussi tenter de répondre à des objectifs flous comme « mieux rédiger », le tout après des années d’expérience et d’évaluations dans le vert… Par deux fois, entre 2024 et 2025, Michel (les témoins désignés par leur seul prénom ont requis l’anonymat), commercial, salarié d’Amazon Web Services, la filiale cloud du groupe américain, s’est débattu avec un plan de performance.
« On présente ces plans comme de l’accompagnement personnalisé, mais on vous donne des objectifs à réaliser dans un temps extrêmement court et dans des conditions ubuesques. Cela a eu un impact très lourd sur moi. J’ai été jusqu’à me demander ce que je faisais sur terre », témoigne Michel, qui a depuis quitté l’entreprise.
Un phénomène en hausse
En dix ans, les licenciements non économiques (notamment pour insuffisance professionnelle) ont augmenté de 60 % (photo tirée de la série « le Dispositif », de Myr Muratet, en 2022). Ces plans, venus des États-Unis, sont présentés comme un soutien aux salariés, mais leur imposent souvent une pression intenable pour les pousser dehors. Certains finissent détruits.
Jean, dix ans de métier dans le groupe, commercial pour Amazon EU, qui regroupe l’activité e-commerce sur le continent européen, a vécu la même expérience en fin d’année dernière : « On m’a fixé des objectifs inatteignables et à très court terme, qui reposaient sur des tâches qui ne dépendaient pas de moi. »
Ces témoignages illustrent une pratique de plus en plus courante dans les grandes entreprises, où les plans de performance deviennent un outil de gestion des effectifs, poussant les employés à quitter leur poste sous la pression, plutôt que de procéder à des licenciements secs.



