Livreurs à vélo : une étude alarmante révèle des conditions de travail dangereuses
Livreurs à vélo : conditions de travail dangereuses exposées

"Si on voulait tuer, on ne ferait pas autrement" : l'étude choc sur les livreurs à vélo

L'étude publiée ce mardi par Médecins du Monde jette une lumière crue sur les conditions de travail extrêmement difficiles des livreurs à vélo en France. Les chiffres révélés sont édifiants et confirment les alertes lancées depuis des années par les syndicats et les travailleurs eux-mêmes.

Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes

Selon l'enquête de Médecins du Monde, six livreurs sur dix déclarent avoir été exposés à des discriminations ou à des agressions verbales de la part des clients. Plus grave encore, un quart des livreurs interrogés rapportent avoir subi des agressions physiques dans l'exercice de leur activité. Ces données ne tiennent même pas compte des menaces spécifiques pesant sur les travailleurs sans papiers, particulièrement vulnérables dans ce secteur.

"Il n'y a rien dans cette étude que nous ne savions pas", souligne Ludovic Rioux, animateur du secteur des plateformes de livraison pour la fédération CGT Transport. "Nous constatons depuis plusieurs années une dégradation continue des conditions de travail des livreurs, avec une rémunération bien inférieure au Smic et des risques pour la santé qui ne cessent de s'accroître."

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Le statut d'autoentrepreneur au cœur du problème

Pour le syndicaliste, cette situation de précarité généralisée résulte directement du statut d'autoentrepreneur imposé par les plateformes de livraison. Ce statut permet aux entreprises de ne pas rémunérer les livreurs pour l'ensemble de leur temps de travail et de les maintenir dans "une situation d'insécurité constante".

Ludovic Rioux cite notamment le cas des accidents de la route, qui ne sont pas considérés comme des accidents de travail pour les livreurs. "Le fait d'être payé à la course les pousse à rouler toujours plus vite en prenant des risques", s'insurge le syndicaliste. "Nous sommes donc face à des plateformes meurtrières qui profitent de la situation de précarité des livreurs pour les exposer à tous les dangers."

La double peine des travailleurs sans papiers

La situation des travailleurs sans papiers apparaît encore plus préoccupante. Ces derniers travaillent souvent en louant un compte à une personne tierce, ce qui leur confère encore moins de droits que les autres livreurs. "Dans ce cadre-là, il est encore plus difficile pour ces derniers d'espérer une régularisation, étant donné qu'ils n'existent pas pour l'administration", explique Ludovic Rioux. "Leur dénier leurs droits de cette manière est inadmissible."

L'État pointé du doigt

La responsabilité du gouvernement est directement mise en cause par le syndicaliste, qui accuse l'exécutif d'"entériner cette situation de précarité" en maintenant le statut d'autoentrepreneur pour les livreurs. "En réalité, c'est du salariat déguisé et il est absurde pour le gouvernement de lancer des négociations propres aux travailleurs des plateformes avec ces dernières, car cela crée un statut tiers entre le salariat et l'autoentrepreneuriat."

La demande des syndicats est claire : "Nous souhaitons que le gouvernement reconnaisse le statut de salarié des livreurs et oblige les plateformes à leur accorder les droits afférents", conclut Ludovic Rioux. Contacté par nos soins, Uber n'a pour l'instant pas répondu à nos sollicitations concernant cette étude alarmante.

Cette enquête de Médecins du Monde vient donc confirmer ce que les acteurs de terrain dénoncent depuis des années : les livreurs à vélo travaillent dans des conditions extrêmement précaires, exposés à des dangers multiples, avec des rémunérations souvent inférieures au Smic et une protection sociale quasi inexistante. La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics pour mettre fin à cette situation inacceptable.

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