Inspection du travail : un rapport alerte sur des services "à l'os"
Inspection du travail : des services "à l'os" selon un rapport

Entre suppressions de postes et tensions sur le terrain, les inspecteurs du travail font face à une dégradation de leurs conditions d’exercice, marquée par une tension lors des contrôles, voire des actes d’intimidation. Un rapport sur les risques psychosociaux parmi les agents de l’Inspection du travail préconise de stopper les suppressions de postes et de recruter selon les besoins réels.

Des effectifs en chute libre

Entre 2015 et 2021, l’Inspection du travail a perdu 16 % de ses effectifs, soit 740 postes. Ils ne sont plus que 1 604 inspecteurs en mars 2024, malgré 200 recrutements en 2025. Inquiètes de cette vague de départs, des postes non pourvus et de la multiplication des arrêts maladie, les organisations syndicales du ministère du Travail ont demandé une expertise indépendante sur leur métier en septembre 2022. Une démarche approuvée par l’administration qui y a dédié une enveloppe de 150 000 euros.

Un rapport qui dérange

Le rapport du cabinet Aptéis, basé sur une centaine d’entretiens anonymisés, a été remis fin 2025. Et depuis, le ministère joue la montre. Sa restitution, initialement prévue pour avril, a été repoussée à juin. Gérald Le Corre (CGT) note : « On sent bien que tout le monde est embêté avec les conclusions de ce rapport ».

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Culture du chiffre et souffrance au travail

Les conclusions de l’enquête que la cellule Investigation de Radio France a pu consulter, ne font pas seulement état d’un mal-être des agents, mais parlent de services « à l’os ». Entre 2018 et 2023, une vingtaine d’alertes pour danger grave imminent, tentatives de suicide et suicides ont été recensées. Chaque agent doit contrôler 1 000 à 1 200 entreprises dans l’année, et peut gérer jusqu’à 19 000 salariés, loin du seuil OIT de 10 000. Par ailleurs, le ministère impose une culture du chiffre en demandant à ses agents de faire une centaine de contrôles par an : un autre facteur de souffrance et de perte de sens dans leur travail, souligne le rapport.

Agriculture : violences et impunité

Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, a récemment rappelé que « les missions de l’Inspection du travail doivent être reconnues et respectées » mais sur le terrain, le climat se tend. Les forains de la Foire du Trône ont été condamnés en février pour des violences commises à l’encontre des inspecteurs. Les agents de l’agriculture sont particulièrement exposés à ces tensions avec les personnes contrôlées. Le rapport rappelle que des sangliers pendus ont été retrouvés devant les locaux de l’Inspection du travail dans le Lot-et-Garonne en 2024, mais aussi en Dordogne. Un agent du Sud-Ouest déplore une « atmosphère d’impunité » : « Des représentants du monde agricole critiquent ouvertement les contrôles, alors que vous n’entendrez jamais ceux du bâtiment ou de la restauration faire de même ». Alors que le Premier ministre annonce de nouvelles économies, en passant notamment par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois dès 2027, les organisations syndicales craignent que le ministère du Travail ne suive pas les préconisations du rapport Aptéis.

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