Le 1er-Mai reste inchangé : le gouvernement fait marche arrière sur la réforme
Dans un revirement notable, le gouvernement a officiellement renoncé à toute modification immédiate de la loi régissant le travail le 1er-Mai. Cette décision intervient après une réunion tendue avec les organisations syndicales représentatives, mettant fin temporairement à un débat qui avait enflammé les esprits depuis plusieurs mois.
Un principe fondamental préservé
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a été catégorique à l'issue des discussions : "Le 1er-Mai n'est pas une journée comme les autres. C'est la journée des travailleurs et des travailleuses, c'est le seul jour férié, chômé et payé. Ce principe général doit continuer à prévaloir." Cette déclaration ferme marque un recul significatif de l'exécutif face à la pression syndicale.
La proposition de loi controversée, qui visait à autoriser le travail dans certains commerces comme les boulangeries, fleuristes, cinémas et théâtres ce jour particulier, est donc repoussée sine die. Le gouvernement promet cependant de revenir sur le sujet avant mai 2027, laissant planer la possibilité d'une future réouverture du débat.
Des dérogations extrêmement limitées
Seule concession accordée : certaines professions pourront engager des négociations de branche pour obtenir des dérogations très restreintes. La boulangerie apparaît comme le principal secteur demandeur, selon Cyril Chabanier, patron de la CFTC présent lors des discussions. "Il y a vraiment un seul secteur qui est demandeur, on n'est pas certain que les autres le soient fortement", a-t-il précisé, anticipant "une liste extrêmement réduite" de branches concernées.
Actuellement, le code du Travail permet déjà à un artisan boulanger ou un fleuriste d'ouvrir le 1er-Mai, mais uniquement s'il travaille seul ou avec des membres de sa famille non-salariés. L'emploi de salariés reste strictement interdit sous peine d'amende substantielle : 750 euros par salarié concerné, montant qui double pour les mineurs.
Les syndicats crient victoire
Du côté des organisations syndicales, le soulagement est palpable. Yvan Ricordeau, numéro deux de la CFDT, se réjouit : "Le 1er-Mai 2026 sera un 1er-Mai complètement classique." Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, enfonce le clou : "La CGT et les organisations syndicales ont obtenu que le gouvernement ne passe pas en force sur le 1er-Mai. La loi ne sera donc pas modifiée demain et le 1er-Mai restera un jour exceptionnel, férié et rémunéré."
La leader syndicale n'a pas manqué de tacler l'ancien Premier ministre Gabriel Attal, principal promoteur du texte, affirmant avec satisfaction "qu'on ait enfin quitté le monde des mythos de Gabriel Attal pour revenir à la raison".
Un contexte politique mouvementé
Ce recul gouvernemental s'inscrit dans un contexte parlementaire particulièrement tendu. La proposition de loi avait été rejetée de manière tactique vendredi dernier par une coalition inhabituelle allant des élus macronistes jusqu'au Rassemblement national. Ce rejet permettait techniquement l'adoption du texte sans examen en première lecture par les députés, via une commission mixte paritaire, une procédure vivement critiquée.
Dans les coulisses du pouvoir, les critiques fusent. Un conseiller de l'exécutif regrette que le Premier ministre Sébastien Lecornu "doit gérer une absence de concertation par les promoteurs de la proposition de loi" et "faire avec la situation au Parlement". Du côté de Renaissance, un cadre rejette la responsabilité sur le gouvernement : "Ils ont eu un an depuis les polémiques du 1er-Mai 2025 pour recevoir les organisations syndicales ! Et ils les reçoivent à l'arrache en leur disant d'avance qu'il n'y aura pas de CMP."
Le débat sur le travail le 1er-Mai avait été relancé l'an dernier après que des boulangers se soient émus de contrôles inopinés lors de cette journée traditionnellement chômée. Alors que le gouvernement promet un retour du sujet avant 2027, les syndicats restent vigilants pour préserver ce qu'ils considèrent comme une conquête sociale fondamentale.



