La tendance 'mange ta skincare' : l'alimentation peut-elle remplacer les soins ?
'Mange ta skincare' : l'alimentation peut-elle remplacer les soins ?

La tendance 'mange ta skincare' : l'alimentation peut-elle remplacer les soins ?

Pendant longtemps, on a pensé qu'avoir une belle peau se jouait uniquement dans la salle de bain avec une multitude de produits : nettoyants, sérums à la vitamine C, rétinol, masques au collagène, crèmes hydratantes... Mais aujourd'hui, sur les réseaux sociaux, une nouvelle tendance émerge : 'mange ta skincare'. Cette approche promet un éclat cutané qui ne provient pas d'un flacon, mais directement de l'assiette.

Qu'est-ce que la tendance 'mange ta skincare' ?

Le concept est simple : il s'agit de se filmer en train de manger comme on appliquerait un soin, en réalisant sa routine skincare tout en détaillant ingrédient par ingrédient les bénéfices supposés sur la peau. Mais remplacer un masque au rétinol par des pâtes aux sardines et prendre de la tarte aux myrtilles au dessert sont-ils vraiment la promesse d'un teint sans défaut ?

La peau, véritable miroir de l'intérieur

Pour Eva Vacheau, biologiste et spécialiste en nutrition, le lien entre alimentation et peau n'a rien d'un mythe TikTok. 'Pour moi, la peau et les cheveux sont clairement le reflet de l'intérieur, de l'équilibre interne, et c'est très vrai. Il ne suffit pas de mettre une belle crème ou une lotion sur la peau ou le cuir chevelu : il faut nourrir de l'intérieur', explique-t-elle.

La peau n'est pas un simple revêtement, c'est avant tout un organe vivant à part entière, en renouvellement permanent. 'Pour se régénérer, produire du collagène, de la kératine, se défendre contre l'inflammation ou l'oxydation, elle a besoin de matières premières : protéines, acides gras, antioxydants, vitamines et minéraux. Or, ces éléments ne viennent pas des crèmes, mais de l'alimentation, que l'on apporte tous les jours à notre corps', rappelle la spécialiste.

Selon elle, lorsque l'alimentation est trop déséquilibrée, trop inflammatoire ou carencée, la peau le montre rapidement. Un teint terne, de la sécheresse, de l'acné, ou un vieillissement prématuré peuvent être des signaux visibles d'un déséquilibre interne.

'Manger sa skincare' : ce qu'on peut vraiment en attendre

Sur TikTok, les ingrédients 'belle peau' défilent à chaque swipe : sardine, saumon, brocolis, carotte... Les assiettes sont colorées et sans préparation fastidieuse. Mais Eva Vacheau insiste sur un point crucial : 'On ne nourrit pas sa peau avec un aliment miracle pris ponctuellement, cela ne marche pas. Les effets sont progressifs, et se voient en général au bout de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, selon le terrain de la personne'.

Selon la nutritionniste, les bénéfices éventuels reposent sur trois conditions essentielles :

  1. La régularité : 'Si les oméga 3 ont un rôle anti-inflammatoire reconnu, ils n'agissent pas en un seul repas. Les effets sont progressifs, et se voient en général au bout de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois'.
  2. L'équilibre global : 'Les oméga 3, les antioxydants ou les probiotiques peuvent être intéressants, mais dans un contexte cohérent. Si l'alimentation reste ultratransformée, trop sucrée ou que le terrain est très inflammatoire, l'effet restera limité'.
  3. La personnalisation : Une peau sèche, une peau acnéique ou une peau très enflammée n'ont pas les mêmes besoins nutritionnels.

La skincare commence dans l'assiette, mais pas seulement

La tendance véhicule une idée simple : la routine beauté commencerait dans l'assiette. Pour Eva Vacheau, ce n'est pas faux, mais elle insiste sur une approche plus globale : 'Et j'irais même plus loin : la routine beauté commence aussi dans la tête, dans l'hygiène de vie globale, ce que j'appelle les piliers de la santé'.

Le sommeil, la gestion du stress, l'hydratation, l'activité physique, l'exposition au soleil, ou encore la consommation d'alcool et de tabac jouent un rôle majeur. 'Les soins que l'on applique sur la peau viennent ensuite comme un bonus, une finition. Les piliers de la santé restent finalement les piliers de la skincare', explique la nutritionniste. Autrement dit, manger des graines de chia ou des sardines ne compensera pas une dette de sommeil ou les excès d'alcool.

Les 6 repères simples d'une nutrition 'belle peau'

Si la tendance pousse finalement à manger sainement, elle peut aussi donner l'impression qu'il existe une liste d'aliments magiques à consommer. Pour éviter les promesses irréalistes, Eva Vacheau propose plutôt des repères simples, applicables au quotidien :

  • Inclure une source de protéines à chaque repas : Elles sont indispensables à la fabrication du collagène et de la kératine.
  • Apporter des oméga 3 régulièrement : En variant les sources comme les poissons gras, les noix, les graines de chia ou de lin.
  • Privilégier les assiettes colorées : 'Plus une assiette est colorée, plus elle est riche en antioxydants', rappelle la biochimiste.
  • Ne pas négliger l'hydratation : 'La peau reflète directement l'hydratation globale', souligne la spécialiste.
  • Limiter certains aliments pro-inflammatoires : Notamment le sucre en excès et, chez certaines personnes, les produits laitiers.
  • Intégrer des aliments riches en probiotiques : Légumes lacto-fermentés, kimchi, kombucha... avec adaptation au cas par cas.

Si cette tendance peut encourager certains à manger plus équilibré, elle n'a rien d'une potion magique : votre peau ne va pas se transformer avec deux smoothies et un plat de saumon. En revanche, une hygiène de vie globale, maintenue sur la durée, peut réellement aider à obtenir le glow espéré, en complément des soins cosmétiques traditionnels.