Montpeyroux : l'association Les Mains malines allie bricolage, recyclage et lien social
Les Mains malines : bricolage, recyclage et lien social à Montpeyroux

À Montpeyroux, en Cœur d’Hérault, l’association Les Mains malines transmet l’art du bricolage et de la récupération de 7 à 77 ans. Cours intergénérationnels, esprit collaboratif, créations écoresponsables : un atelier unique où l’on apprend tout en recréant du lien social.

Une école de bricolage pas comme les autres

École de bricolage, cours d’arts créatifs, patronage intelligent, atelier d’initiation à la réparation : les rendez-vous des Mains malines, à Montpeyroux, sont tout cela à la fois. « Il y a une majorité de villageois mais aussi des gens d’Aniane, de Gignac ou de Saint-André-de-Sangonis », explique Michel Cros, le président de l’association créée il y a sept ans. De 7 à 77 ans, chacun trouve sa place derrière l’un des établis soigneusement aménagés dans l’église désacralisée – Montpeyroux en a compté quatre – donnée par la mairie à l’association.

« La première année, se souvient Brigitte, l’épouse de Michel, on s’est retrouvé avec 36 enfants. On a été un peu débordés ! » Puis, « d’une certaine façon, le Covid nous a sauvés en nous permettant de nous organiser », sourit Michel. Philippe Ruffin et Jean-Luc Meyer, deux autres retraités hyperactifs, ont ainsi rejoint l’aventure. Et Les Mains malines ont trouvé leur vitesse de croisière.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un fonctionnement pensé pour tous

« Nous limitons les inscriptions à 25-30 personnes par année scolaire, en faisant tourner au maximum les membres pour que chacun puisse en profiter », explique Michel Cros. Ainsi, les trois sessions du mercredi s’adressent plutôt aux plus jeunes, tandis que les samedis matins sont mixtes. « Pour tous, confie Philippe Ruffin, c’est aussi une expérience de vie en communauté. »

Qui dit mains malines dit apprentissages partagés et liens solides. « Tu as trouvé le bon diamètre ? Tu es bien droit ? On est beaucoup dans l’échange, détaille Jean-Luc Meyer. On a réalisé aussi de petites estrades pour que les enfants soient à la bonne hauteur des établis. » « Il faut garder le lien entre le cerveau et la main, poursuit Michel Cros. Tant qu’ils bricolent, ils ne sont pas sur leur téléphone portable ! » « Les anciens ne comptaient pas leur temps. Ici, on prend le temps pour faire utile et beau », renchérit Philippe Ruffin.

Utile, beau et écoresponsable : la seconde vie des objets

Utile, beau et écoresponsable : la plupart des réalisations donnent une seconde vie aux objets et aux matériaux. « On n’a jamais acheté de bois depuis qu’on existe, souligne Michel Cros. Et maintenant, on nous appelle pour récupérer des meubles ou du matériel dans le village. »

Ainsi, la liste à la Prévert des réalisations des 200 membres des Mains malines depuis sa création regroupe des luminaires et des meubles de tous types, des boîtes, des mangeoires à oiseaux, des mobiles, carrioles et cabanes, sans compter les cocottes-minute, grille-pain et autres rice-cookers ressuscités. « Je viens de finir une lampe d’architecte avec une vieille douille recyclée », montre Cathy Adam, la soixantaine, scie sauteuse à la main.

Aude Schaeffer, mère de famille parmi les membres les plus réguliers, apprécie le bricolage pédagogique : « J’ai pu réparer un lampadaire dont le transfo avait grillé. Et pour Noël, je suis désormais abonnée aux sapins en bois que je fais ici ! »

Le côté créatif, essentiel pour toutes les générations

Peter, 7 ans, et son frère William, 9 ans, sont des fidèles du mercredi. « J’ai fait une super boîte pour mes Pokemons », lance fièrement le cadet. « Et moi, une lampe avec une vieille jante de voiture de course », complète l’aîné. Leur père, carrossier, y a contribué. Pour chaque génération, « le côté créatif est essentiel », confirme Michel Cros, qui fut graphiste publicitaire à Montpellier.

En aparté, Aude Schaeffer loue l’implication des créateurs de liens intergénérationnels que sont Michel Cros, Philippe Ruffin et Jean-Luc Meyer. « Je viens ici depuis cinq ans. Je les vois faire. Ils ont humour, gentillesse, patience. C’est “trois hommes et un clou fin” ! »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

À la sortie de l’église, qui donne directement sur la route d’Arboras, le faux gendarme aux vraies jumelles né ici fait office d’épouvantail pour les voitures trop rapides. Il sera mis au frais en juillet et en août, avant de reprendre ses factions pour la 8e rentrée des Mains malines, le mercredi 3 septembre prochain.

Un écosystème associatif vivace

Ni les 30 € d’adhésion aux Mains malines ni les 500 € de subvention annuelle de la municipalité ne ruineront respectivement les membres de l’association et les concitoyens de Montpeyroux. Ces chiffres modestes n’empêchent pas l’initiative de rayonner largement hors les murs de l’église de la route d’Arboras.

Alors que la commune héraultaise de 1 400 habitants compte une trentaine d’associations vivaces et dynamiques, plusieurs membres des Mains malines sont aussi impliqués dans l’une d’elles. À l’image de la grand-mère de Peter et William, Zoé Tronc, trésorière de l’association Saint-Etienne au cœur pour la sauvegarde de la chapelle de Saint-Etienne les Bains, à proximité des puits du village.

Les Mains malines travaillent aussi pour les jardins partagés de Montpeyroux où les membres ont réalisé une cabane, un récupérateur d’eau et un hôtel à insectes.

Biodiversité et environnement

« Car nous avons aussi une biodiversité à défendre ici, argumente Michel Cros, sur un autre registre que la réparation d’électroménager vintage. Nous sommes aussi sensibles aux aspects environnementaux. L’association a réalisé une dizaine d’hôtels à insectes dans le village et une vingtaine dans des jardins privés. » « Nous participons également, une fois par an, au ramassage des déchets et des dépôts sauvages », rappelle Brigitte Cros.

Les Mains malines ont aussi à leur actif la réalisation d’armoires « livre service », sous la halle du village ainsi qu’à l’école, ou encore des présentoirs à bouteilles pour le cru Montpeyroux. Sans oublier la création : « Il y a trois ans, se souvient avec fierté Michel Cros, le MO.CO est venu de Montpellier à Montpeyroux pour sensibiliser le milieu rural à l’art contemporain. Nous avons accueilli dans notre atelier un collectif d’artistes, avec qui nous avons réalisé une œuvre commune. »