Grande distribution : la guerre des prix pointée du doigt par une enquête parlementaire
Guerre des prix dans la grande distribution : l'enquête parlementaire

La commission d'enquête parlementaire sur les marges dans la grande distribution et l'industrie a rendu ses conclusions, dénonçant une « guerre des prix » qui lèse agriculteurs et fabricants industriels. Les patrons des grandes enseignes, ulcérés, qualifient le rapport de « à charge », aux conclusions « totalement biaisées » et « caricaturales ».

Des chiffres qui font débat

La rapporteure, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl, a présenté une première synthèse des conclusions, en attendant le rapport complet. Selon elle, sur cent euros dépensés par le consommateur pour ses courses alimentaires, 8 euros vont à l'agriculteur, 14 aux industriels, 35 aux importations et 40 à la grande distribution. Ces chiffres, issus des données de l'universitaire Olivier Mevel, sont contestés par le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, qui oppose la marge nette de son groupe, de 1 %.

Des pratiques « abusives » et « prédatrices »

L'enquête s'est particulièrement intéressée aux « marges arrières », ces services commerciaux facturés aux fournisseurs par les distributeurs. Le rapport cite un industriel qui s'est vu facturer un entretien « top to top » avec un directeur des achats 400 000 euros. « Comment oser faire payer un rendez-vous à un tel prix ? », s'indigne Antoinette Guhl.

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Une grande distribution concentrée

Le rapport décrit une grande distribution de plus en plus concentrée en France, avec Carrefour, Intermarché et Système U représentant plus de 76 % des parts de marché. Cette position de force est accentuée par les alliances dans des centrales d'achat nationales et européennes, face à 400 000 exploitations agricoles et 23 000 entreprises industrielles. Dans les négociations commerciales, « c'est la loi de la jungle, avec des méthodes brutales », selon la sénatrice.

La guerre des prix ne profite pas au consommateur

Antoinette Guhl estime que cette guerre des prix ne bénéficie pas toujours au consommateur, mais s'accompagne d'une « casse sociale et industrielle » et du contournement des lois EGalim, censées protéger la matière première agricole française et le revenu des agriculteurs.

Réactions des industriels et des agriculteurs

Les industriels, via l'Association nationale des industries alimentaires (ANIA) et l'Ilec, ont salué le travail des parlementaires et appelé le gouvernement à agir sans délai face aux dérives. Les agriculteurs, par la voix de la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL), partagent les conclusions sur le rôle trouble des centrales d'achat, mais regrettent que les sénateurs aient laissé de côté les pratiques des industriels, notamment sur la transparence des prix à l'export.

Les enseignes contre-attaquent

Le groupe Les Mousquetaires (Intermarché) critique l'absence dans le rapport des géants de l'agroalimentaire, de leurs positions dominantes et des pressions qu'ils exercent. La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) rejette le rapport en bloc et défend les centrales d'achat européennes comme un levier indispensable face aux multinationales ultra-concentrées.

Les préconisations du rapport

Le rapport propose plusieurs mesures : plus de transparence dans les négociations commerciales, affichage des marges sur les produits bruts comme les fruits et légumes, et un meilleur encadrement des centrales d'achat. Ces suggestions pourraient inspirer des amendements à la loi d'urgence agricole lors de son passage au Sénat.

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