Lundi 5 mai 2026, de nombreux laboratoires d'analyses médicales sont restés portes closes. Les salariés étaient appelés à la grève par les syndicats CFDT, CGT et Unsa pour protester contre les « faibles salaires », les « conditions de travail dégradées » et les « nombreuses fermetures de sites » qui, selon eux, compromettent l'accès aux soins.
Une mobilisation contrastée mais marquée dans plusieurs régions
En fin de journée, les syndicats n'étaient pas encore en mesure de fournir un chiffre précis de la participation. « C'est très variable, dans certains endroits, on a 70 % de grévistes, dans d'autres zéro », a indiqué Loïc Le Noc, secrétaire national CFDT Santé-sociaux. Il a souligné une forte mobilisation dans l'agglomération lilloise, à Brest, Saint-Brieuc, Dijon ou encore Toulouse.
Chez Biogroup, entre Lille et Dunkerque, la situation était particulièrement tendue : « sur 34 sites, cinq seulement étaient ouverts, avec un plateau technique fermé et un autre ouvert uniquement pour les urgences », a rapporté le représentant CFDT Stevan Jovanovic. Deux rassemblements ont réuni au total 170 personnes.
De son côté, François Blanchecotte, président de la Fédération de la biologie médicale, a qualifié la situation de « disparate », avec des territoires où il n'y avait « rien à signaler » et d'autres où des « plateaux techniques à l'arrêt » ont été observés.
Des salaires au Smic et des conditions de travail dénoncées
L'intersyndicale a dénoncé l'absence de revalorisation salariale depuis janvier 2024. « Les trois quarts des salariés sont rémunérés au Smic ou légèrement au-dessus », a-t-elle critiqué, concernant notamment les agents d'accueil, d'entretien, les coursiers et les techniciens.
Murielle Morand, secrétaire fédérale FNIC-CGT, a rappelé la concentration du secteur : « on est passé de 4 000 laboratoires en 2010 à moins de 300 en 2025 ». Les grands groupes et fonds d'investissement ont multiplié les rachats et regroupements, considérant le soin comme un placement « rentable » et « sûr » grâce à la croissance des besoins de santé et au financement par la Sécurité sociale.
Cette recherche de rentabilité a entraîné une réduction des effectifs : de 55 000 salariés en 2019, ils sont passés à moins de 50 000. « Les conditions de travail deviennent inacceptables : c'est à la chaîne, avec une cadence à mener, et un taux d'absentéisme d'environ 15 % », a ajouté Elisabeth Bellomo, secrétaire générale Unsa Santé-Sociaux. Elle a également souligné que « beaucoup de laboratoires ferment l'après-midi, obligeant les techniciens à voyager d'un site à l'autre » pour accomplir leurs 35 heures hebdomadaires.
Des plateaux techniques supprimés, des résultats retardés
Selon Murielle Morand, « de nombreux laboratoires perdent leurs plateaux techniques » et sont transformés en simples « points de prélèvement ». Les échantillons sont alors envoyés vers d'autres sites par coursier, « décalant parfois de 24 heures » les résultats, ce qui nuit à la qualité des soins.
L'intersyndicale réclame des recrutements et une revalorisation salariale de 15 %. Des négociations de branche sont prévues mercredi, mais François Blanchecotte a jugé cette demande « irréaliste », arguant que « nous n'avons pas les marges de manœuvre », surtout après les baisses de tarifs imposées en 2024 par l'Assurance maladie. « Je comprends les demandes de revalorisation du pouvoir d'achat mais personne ne nous aide face à l'inflation, les prix de l'essence, et de nombreuses entreprises sont en déficit. On veut d'abord préserver l'emploi », a-t-il conclu.



