Un déclin mondial de la natalité
Le constat est sans appel : dans tous les pays du monde, de moins en moins d’enfants naissent chaque année. Dans plus des deux tiers des 195 pays, le nombre moyen d’enfants par femme est passé sous la barre des 2,1, selon le Financial Times. Ce chiffre n’est pas choisi par hasard : c’est à partir de ce seuil qu’est assurée la stabilité démographique, sans immigration.
En Europe, la France affiche un des taux de fécondité les plus élevés avec seulement 1,61 enfant par femme en 2024. Ce chiffre descend jusqu’à 1,14 pour les Polonaises et 1,10 pour les Espagnoles. En Corée du Sud, l’ONU prévoyait 350 000 naissances en 2023, mais seules 230 000 ont eu lieu. D’où vient cette crise de la natalité, qu’Elon Musk qualifie de « plus grand risque pour la civilisation » ?
Une crise du couple plutôt qu’économique
La question ne se pose plus seulement en termes économiques. La baisse rapide concernait principalement les pays riches il y a encore quelques années, mais des pays en développement affichent désormais de faibles taux de natalité. Le Mexique a un taux inférieur à celui des États-Unis. Le désir d’enfant n’est pas en cause : la plupart des jeunes hommes et femmes déclarent toujours vouloir deux enfants. Non, la crise de la natalité serait plutôt une crise du couple, plus précisément la diminution du nombre de couples.
Le logement, un frein à l’engagement
Une étude du démographe Stephen Shaw montre qu’aux États-Unis, le nombre d’enfants par mère est stable, voire en augmentation, mais que la proportion de femmes ayant des enfants a fortement diminué au cours des quinze dernières années. Si les taux de mariage et de cohabitation étaient restés constants, le taux de fécondité du pays serait aujourd’hui plus élevé. Une des premières raisons est le logement.
Selon le Financial Times, près de la moitié du déclin des taux de fécondité observé dans plusieurs pays depuis les années 1990 peut s’expliquer par la baisse du taux de propriétaires occupants et l’augmentation du nombre de jeunes adultes vivant chez leurs parents. Or, un logement à soi constitue souvent une première porte d’entrée vers un engagement à long terme avec un partenaire.
L’impact des smartphones et des réseaux sociaux
Le nombre de naissances a chuté en premier et plus rapidement dans les régions ayant bénéficié le plus tôt d’une connexion mobile haut débit. Dans de nombreux pays (France, Pologne, Ghana, Australie…), la baisse a coïncidé avec l’adoption des smartphones, telle que mesurée par les recherches Google d’applications mobiles. Certes, pour citer Étienne Klein, ce n’est pas parce qu’il y a des grenouilles après la pluie qu’on a le droit de dire qu’il a plu des grenouilles.
Mais, comme l’explique le démographe Lyman Stone, « pour rencontrer la personne avec qui on va se marier, il faut faire le tri parmi beaucoup de gens. Si vous sortez moins, il vous faudra beaucoup plus de temps pour trouver la bonne personne, si vous la trouvez un jour ». Il ajoute : « Si vous passez beaucoup de temps à fréquenter vos pairs dans le monde réel, vos critères pour un partenaire potentiel sont ancrés dans la réalité. Si vous passez votre temps sur Instagram, vos critères sont ancrés dans une conception artificielle de la normalité. »
Chez les couples, les dysfonctionnements sexuels sont plus fréquents chez les jeunes adultes qui utilisent le plus les réseaux sociaux, note la démographe finlandaise Anna Rotkirch.
Quelles solutions face à cette tendance ?
Les primes à la naissance incitent les couples à avoir des enfants, mais elles ne résolvent pas l’absence de partenaire. Le problème, pour le Financial Times, semble plus large : un phénomène de célibat, d’isolement et de dégradation du bien-être chez les jeunes adultes.



