Jeudi, alors qu'une vague de chaleur intense frappait la France, les magasins Lidl ont mis en vente environ 200 000 climatiseurs et ventilateurs dans tout le pays. L'opération a rapidement dégénéré en scènes de cohue, des clients arrivés dès l'aube s'arrachant les précieux appareils. Mais quelques heures seulement après la mise en vente, plusieurs centaines de ces produits se retrouvaient déjà sur des sites de vente entre particuliers, à des prix multipliés par six.
Des revendeurs sans scrupules
Jérôme, rencontré sur Le Bon Coin, explique : « À la base, je l'ai acheté pour ma mère mais sa voisine lui en avait déjà prêté un. Donc je l'ai mis en vente ce vendredi matin. Quand j'ai vu les prix, j'ai halluciné ! » Il a acheté son climatiseur la veille en région parisienne pour 179 euros et le propose désormais entre 500 et 1 000 euros. « J'ai craqué, je l'ai mis à 650. J'ai déjà reçu trois offres. Je le vendrai à celui qui viendra le chercher et paiera en espèces », confesse-t-il, un peu coupable.
Corinne, qui vend le même modèle à 700 euros, témoigne : « À la base, je l'ai acheté pour moi. Mais quand j'ai entendu aux infos à quel prix il se revendait, je l'ai remballé tout de suite et je l'ai mis en vente. » Pour cette femme seule aux revenus modestes, le gain potentiel était trop important pour laisser passer l'opportunité : « Je ne peux pas me permettre de passer à côté d'une telle occasion. Tant pis, j'aurai chaud… »
Un business lucratif pour certains
Marlène, qui n'a même pas déballé son appareil, l'a déjà vendu 650 euros à un internaute. « On est allé les acheter avec une copine hier. Jusque-là, rien d'anormal jusqu'à ce qu'on voie à la télé que c'était la folie pour les reventes. Franchement, on regrette même de ne pas en avoir acheté trois ou quatre », déclare-t-elle, sans scrupule.
Marvin, quant à lui, avait préparé son coup : « Je savais que c'était la folie parce que j'en cherchais un depuis quelques jours et c'était très difficile. J'ai vu des gens annoncer cette vente sur Facebook. J'en ai acheté deux. Je viens de vendre le second au prix des deux (un peu moins de 400 euros). Comme ça, j'ai eu ma clim gratis », se réjouit-il.
Bertrand, au chômage, a vu sur TikTok des internautes expliquer qu'ils allaient faire une razzia chez Lidl pour revendre les produits au prix fort. Il a investi dans trois ventilateurs à 19,90 euros pièce, qu'il propose à 60 euros chacun sur Le Bon Coin. « Pour l'instant, ça ne mord pas trop », regrette-t-il.
Un marché parallèle florissant
« Pierrot », sans emploi depuis deux ans, a fait de ces reventes une activité régulière. Il se souvient des robots de cuisine Silvercrest : « J'ai acheté plusieurs clims chez eux. J'ai demandé à des amis d'aller en acheter aussi. Je les revends au prix fort et je leur donne un petit truc. J'en ai déjà vendu trois depuis hier. » Interrogé sur ses remords à vendre aussi cher des produits censés être abordables, il répond : « S'il y a des gens qui achètent, c'est qu'ils ont les moyens. Ce n'est pas non plus la panacée. En général, je rentre dans mes frais, mais pas tout le temps. » Il lorgne déjà sur de nouveaux modèles d'un constructeur chinois à venir en France, mais doit d'abord vendre les deux qui lui restent.



