Ce 1er mai, le muguet avait une odeur de soufre. Des cortèges gonflés, un Olivier Faure enfariné, un Gabriel Attal photographié devant la vitrine des « Toqués du pain », une Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, qui crie au « vol de jour férié » et à la « délinquance patronale ». Pas de doute, le 1er-Mai et son muguet sont tout à la fois totem et tabou. « Pas touche », clament les pancartes. Trop tard.
Un jour férié sous pression
Quelle mouche a donc piqué le gouvernement à vouloir statuer en urgence sur le seul jour férié chômé obligatoire dans le code du travail ? Rien à voir, assurément, avec la fraîcheur de la baguette. À moins que cette providentielle sollicitude à l’égard des boulangers et des fleuristes ne cache la volonté de réformer la loi au prétexte de la crise économique. On ne compte plus les coups de boutoir en ce sens : à l’été 2025, le lundi de Pâques et le 8 mai, mis sur le gril par François Bayrou ; entre 2004 et 2008, la Pentecôte, muée en journée de solidarité. Quant au dimanche, le voilà devenu un jour de travail comme les autres depuis la loi Macron de 2015.
En somme, le temps de travail est désormais considéré comme une variable d’ajustement des rentrées économiques et fiscales. N’y a-t-il vraiment pas d’autres leviers, à l’heure où TotalEnergies affiche des bénéfices annuels dopés de 51 % à la faveur de la guerre au Moyen-Orient ?
Quel projet de société pour le travail ?
Fondamentalement, quel projet de société veut-on construire autour du travail ? Entre les lignes, c’est une révision du code du travail qui se dessine. Et pourquoi pas, tant les enjeux économiques et sociétaux ont changé. Boulangers et fleuristes, comme d’autres filières, ont besoin de souplesse. Reste qu’il faut des cadres et des garde-fous pour les salariés, les premiers concernés. Pourquoi ne pas poser le débat sereinement avec eux ? Les cartes à mettre sur la table sont nombreuses : le plan d’augmentation des salaires demandé par Sophie Binet, par exemple.
Mais les salaires ne font pas tout. Récemment, le gouvernement a fait un pas en avant en instaurant un nouveau congé de naissance, applicable au 1er juillet. Mais fondamentalement, quel projet de société veut-on construire ? Le chantier du temps de travail est vaste. Quid de la place de l’intelligence artificielle ? Il faudra bien revenir, aussi, sur la réforme des retraites, coincée dans une impasse.
Une certitude : s’attaquer au totem du 1er-Mai n’était pas la meilleure des méthodes pour ouvrir la discussion. Ce jour est un symbole, celui des travailleurs et de leurs droits acquis de haute lutte. Il faut toujours se méfier des épines, même dans le muguet.



