Le triple champion TCR World Tour Yann Ehrlacher (Geely Preface) a signé le deuxième temps des qualifications à 0''099 du poleman, ce samedi sur le tracé 3,8 km du circuit Paul-Ricard. Il se réjouit du retour de la France et du Castellet au calendrier. Interview en 10 minutes chrono avant les deux sprints varois programmés ce dimanche.
Un retour attendu en France
Yann Ehrlacher aurait pu choisir de marcher dans les pas du papa footballeur, Yves Ehrlacher, champion de France 1979 sous le maillot du Racing Club de Strasbourg. Il a préféré rouler dans le sillage de la maman et du tonton, Cathy et Yvan Muller, deux « pointures » ayant marqué leur époque. Volant en main, il trace lui aussi son chemin, déjà jalonnée de trois titres TCR World Tour.
Rencontre dans le paddock du circuit Paul-Ricard où le serviteur alsacien de la marque chinoise Geely espère célébrer son trentième anniversaire en haut du podium.
Premiers souvenirs au Castellet
Yann, une petite marche arrière pour commencer : votre premier départ au Castellet, c'était en quelle année ?
« 2012 en Mitjet 1300 dans le cadre de la finale du GT Tour ! Comme je n'ai pas fait de karting, il s'agissait du deuxième week-end de course pour moi. Le premier sur le sol français après un baptême du feu en Espagne, du côté de Navarra. Mais ne me demandez pas comment ça s'était passé… Aucun souvenir ! En revanche, je me rappelle très bien de mes deux premiers titres décrochés ici successivement en 2014 (Mitjet 2L) et 2015 (championnat de France Supertourisme). »
À l'époque, si on vous avait dit que vous fêteriez un jour votre trentième anniversaire au Castellet lors de la manche française du TCR World Tour avec déjà trois titres en poche…
« Je pense que j'aurais signé tout de suite pour vivre cette belle histoire. Quand on démarre, difficile d'imaginer combien de temps l'aventure va durer, jusqu'où cela va aller… Une telle prédiction, elle ne pouvait que me convenir, sûr et certain. »
Suivre les traces de son oncle
Vous vouliez déjà faire carrière en Touring Car, suivre les traces de votre oncle ?
« J'ai débuté à 16 ans. Trop tard pour gravir les échelons en monoplace. Alors, oui, je ciblais plutôt les voitures fermées. Ça me semblait logique, malin, de tenter de percer dans une discipline où Yvan a excellé (quadruple champion du monde WTCC). Il avait beaucoup à me transmettre. En puisant dans son bagage XXL, je pouvais espérer grandir plus vite que la moyenne malgré le déficit de roulage initial. »
Le TCR World Tour ne se produit pas régulièrement en France. Combien d'expérience dans l'Hexagone jusque-là ?
« Deux, à peine. J'ai fait Pau-Arnos en 2021 et Pau ville en 2022. Cette saison, il n'y a que quatre manches européennes : Misano, Valencia, Le Castellet, Vila Real. Après, on file en Asie. Franchement, je suis ravi de revenir ici, d'autant que le tracé 3,8 km du circuit Paul-Ricard convient bien à nos voitures. De quoi garantir deux courses animées demain (ce dimanche). »
La reconquête de 2025
Pour vous, 2025 fut synonyme de reconquête. Quelle a été la clé de la réussite ?
« Entre les deux premiers sacres (2021, 2022) et le troisième, j'ai alterné les hauts et les bas. Des problèmes mécaniques, quelques erreurs personnelles… Manque de régularité rédhibitoire. Du coup, fin 2024, j'ai fait un gros « reset » dans ma tête. Je me suis préparé différemment, avec beaucoup plus de rigueur, d'énergie. Je me suis focalisé sur la performance pure. Et ça a payé. »
Cet hiver, vous avez changé de monture. Quelles différences ? Quelles similitudes ?
« Le groupe Geely, propriétaire de la firme Lynk & Co que l'on représentait jusque-là, a décidé de changer son fusil d'épaule. Priorité est donnée maintenant à la marque Geely pour le développement à l'international. Ce modèle, la Preface, est essentiellement vendu au Moyen-Orient. Ils ne le commercialisent pas en Europe. Le châssis et le moteur, même s'il s'agit aussi d'un 4 cylindres 2 litres turbo, sont complètement nouveaux. Donc on a dû repartir de zéro. »
L'arrivée des constructeurs chinois
Il paraît que des constructeurs chinois vont bientôt débarquer en Formule 1 et en Endurance, aux 24 Heures du Mans…
« Rien d'étonnant. En proposant des véhicules hybrides et électriques assez exceptionnels, bien finis, plusieurs marques chinoises se sont taillé de grosses parts de marché ces cinq dernières années en Europe. À leurs yeux, la compétition constitue un bon vecteur de notoriété. Une façon de gagner de la crédibilité auprès de la génération « moyenne », soit grosso modo les plus de 40 ans pas encore convaincus du potentiel et des qualités de leur technologie. »
Un titre encore jouable
Les deux pannes subies lors de l'étape précédente en Espagne vous ont coûté très cher comptablement parlant. En occupant aujourd'hui le sixième rang de la hiérarchie à 63 points du leader, le titre reste-t-il jouable ?
« Oui, surtout si les autres prétendants rencontrent aussi des problèmes mécaniques. À la régulière, ce ne sera pas simple. Il faudra réussir une fin de saison parfaite, optimiser chacune des six échéances jalonnant encore le calendrier, ici puis ailleurs. Allez, prenons cela comme un nouveau challenge puisque mes trois titres ont tous été obtenus après avoir mené la danse d'un bout à l'autre. Là, je tiens le rôle du chasseur. Je ne suis plus le chassé. On verra bien. »
Au fait, vous vous êtes déjà offert une Marseillaise comme cadeau d'anniversaire ?
« Figurez-vous que ce fut le cas l'an dernier. Ma 29e bougie, je l'avais soufflée au Portugal en gagnant une course sur le tracé urbain de Vila Real. Si l'histoire bégaie ce week-end, tant mieux ! »



