Avec 2 100 milliards d'euros placés, les contrats d'assurance-vie représentent un véritable poids lourd de l'épargne en France. Dotée de caractéristiques juridiques et fiscales inégalées et d'un fonds en euros à toute épreuve, elle a su séduire les Français. Le rebond de la collecte observé depuis deux ans montre que ces derniers la plébiscitent toujours. Cette place à part dans le patrimoine des ménages en fait aussi un produit avec lequel il faut compter du côté des autorités, d'autant qu'il finance à coups de milliards d'euros la dette de l'État et ses ambitions, notamment celles autour de la défense.
Ce statut n'est pas sans susciter des convoitises. Courtiers, mutuelles, fintechs… De nombreux acteurs se lancent chaque année avec leur contrat pour essayer de capter une petite part de ce gâteau. Leur succès est variable tant l'offre est désormais abondante et concurrentielle. D'autres préfèrent la fustiger, en mettant l'accent sur son coût. Un tacle mérité mais qui tend à s'améliorer, sous la pression de Bruxelles en particulier.
L'Afer, un acteur historique de l'épargne
Créée en 1976, l'Association française d'épargne et de retraite (Afer) est l'une des principales associations d'épargnants en France avec près de 750 000 adhérents. Son président, Gérard Bekerman, évoque l'évolution du contrat d'assurance-vie et ses défis.
Un modèle basé sur la transparence
L'Express : Cette année l'Afer fête son cinquantenaire. L'association a-t-elle beaucoup évolué depuis sa création ?
Gérard Bekerman : Tout au long de notre existence, nous avons conservé le même ADN : transparence, équité et défense des épargnants. Au début, il s'agissait de rompre avec l'opacité de l'assurance-vie, les frais peu lisibles et les produits contraignants. Très vite nous avons instauré un modèle unique, avec un contrat accessible à tous et des frais bas, inchangés depuis l'origine.
Notre schéma associatif reste singulier : nous redistribuons l'essentiel des bénéfices aux adhérents, au travers d'un même taux de rendement pour tous, sans distinction liée au montant, à l'ancienneté ou à l'âge. Aujourd'hui, les défis auxquels nous faisons face ne viennent pas de notre modèle, mais de l'environnement, notamment de l'instabilité législative. Notre objectif est donc clair : continuer à défendre les épargnants et préserver ce cadre, tout en innovant pour répondre à leurs attentes.
Un nouveau contrat pour les jeunes épargnants
Pourquoi avoir créé un nouveau contrat en 2024 ?
Nous avons lancé Afer Générations pour compléter notre offre et répondre à de nouveaux besoins. L'idée consiste à proposer un fonds en euros avec un engagement de fidélité, ce qui permet au gestionnaire d'investir sur des supports plus rémunérateurs. Il s'adresse notamment à une clientèle plus jeune, avec un horizon d'investissement long.
À l'issue d'un délai de huit ans, les épargnants bénéficient non seulement du rendement accumulé, mais aussi d'une prime de fidélité. Ce produit rencontre un réel succès, avec une part importante de nouveaux adhérents et aussi des souscripteurs issus du contrat historique, preuve de leur complémentarité.
Par ailleurs, nous avons enrichi notre gamme avec des ETF et développé la gestion sous mandat, afin de proposer des solutions modernes, diversifiées et adaptées aux nouvelles attentes.
Écart de rendement entre les fonds
Comment expliquez-vous l'écart de rémunération entre le fonds en euros historique (2,65 %) et celui d'Afer Génération (4,05 %) ?
Les rendements que nous servons sont le reflet direct des intérêts et des éventuelles plus-values. De ce fait, cet écart s'explique par la structure même des fonds. Le produit historique intègre des actifs acquis à des périodes où les taux étaient très bas, ce qui pèse sur sa performance tout en restant attractive, d'autant qu'elle profite d'un effet de cliquet chaque année. À l'inverse, le fonds Afer Générations se compose d'actifs plus récents, acquis dans un environnement de taux plus élevés. Cela nous permet d'offrir une performance plus élevée ayant vocation à n'être perçue qu'à l'issue de la période de fidélité.
Perspectives pour le fonds en euros
Le retour du fonds en euros observé depuis trois ans vous paraît-il durable ?
Rien n'exclut la poursuite de cette dynamique, mais l'avenir est par nature incertain. En revanche, nous avons un cap sûr où l'innovation restera au cœur de notre stratégie. L'Afer a toujours su évoluer et nous continuerons à développer de nouvelles solutions, en intégrant notamment les enjeux actuels comme la transition écologique et la souveraineté économique.
Menaces sur la fiscalité de l'assurance-vie
L'assurance-vie et le PER ont été attaqués à plusieurs reprises. Craignez-vous un rabotage de leurs avantages fiscaux ?
Le risque existe et il ne faut pas le sous-estimer. Les en-cours sont importants et peuvent susciter des convoitises. Nous restons très vigilants face aux tentatives de remise en cause du cadre fiscal et juridique de l'assurance-vie. L'an dernier encore, certains amendements visant à la taxer davantage ont été proposés. Nous les avons combattus, car ils reposaient sur l'idée que l'assurance-vie est une épargne « improductive ». Faux. Au contraire, elle finance massivement les États et les entreprises. Dans un environnement déjà incertain, il serait contre-productif de fragiliser un outil aussi essentiel.



