Un jour férié sous tension
Depuis des décennies, le 1er mai reste une journée morte pour la majorité des commerces en France, avec des variations selon les départements. La grande majorité des Français ne peut profiter de ce jour férié pour faire ses courses, même si certains commerçants et artisans souhaiteraient ouvrir leurs portes. De leur côté, les syndicalistes continuent de manifester à travers le pays, avec des cortèges moins importants qu'auparavant mais un enthousiasme toujours présent.
Une initiative parlementaire courageuse
Plusieurs affaires judiciaires, marquées par des condamnations d'entrepreneurs ayant bravé les règles avec des amendes de plusieurs milliers d'euros, ont incité certains parlementaires à tenter de mettre fin à ces prohibitions d'un autre temps. Des sénateurs du groupe Union centriste ont ainsi déposé le 25 avril 2025 une proposition de loi « visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai ».
Initialement limitée aux boulangers et aux fleuristes, cette proposition, soutenue par le gouvernement Bayrou, a été amendée et votée par le Sénat le 3 juillet dernier grâce aux voix de la droite et du centre. Le texte devait être examiné en janvier par les députés de la droite républicaine, mais il n'a finalement pas pu l'être en raison des manœuvres d'obstruction de la gauche et de l'extrême gauche. Gabriel Attal l'a repris à son compte et le texte est discuté en séance publique à l'Assemblée nationale ce 10 avril.
Le lobbying acharné des syndicats
Le camp progressiste mène un lobbying intense pour empêcher tout assouplissement de la réglementation. Huit organisations syndicales, dont la CGT, la CFDT et FO, ont adressé une lettre à l'ensemble des députés pour leur demander de s'opposer à toute tentative de remise en cause d'un 1er mai chômé et férié.
Elles expliquent que le 1er mai ne serait pas un jour férié comme les autres, car il représenterait un symbole des « conquêtes sociales ». Les garanties entourant la proposition seraient un leurre selon elles, car le patronat forcerait les travailleurs à travailler, même ceux qui ne sont pas volontaires, en raison de l'asymétrie des rapports de force caractéristique des contrats de travail.
Une proposition mesurée avec des garanties
La proposition sénatoriale sur le travail du 1er mai n'a rien de radical. Elle concerne certains types d'établissements seulement : les boulangers, les fleuristes, ainsi que les activités culturelles comme les théâtres. Le texte est entouré de garanties importantes, contrairement à ce qu'affirment les syndicats : volontariat des salariés formalisé par écrit et doublement de la rémunération habituelle.
Même si l'on peut regretter la timidité du texte, son adoption permettrait de réduire l'insécurité juridique actuelle et les inégalités entre départements. Comme l'indiquait la proposition Fiévet, les restrictions d'ouverture des boulangeries trouvent essentiellement leur origine dans des arrêtés préfectoraux qui existent dans 54 départements, mais pas dans les autres. Certains Français peuvent donc acheter une baguette fraîche le dimanche, alors que d'autres doivent se contenter de pain sec.
Où est le scandale ?
En quoi serait-il scandaleux que nous puissions bénéficier le 1er mai de nombreux commerces ouverts ou nous divertir dans des salles de spectacle plutôt que de connaître pour seule agitation des défilés de syndicalistes entre deux brins de muguet ? La question mérite d'être posée alors que le débat fait rage entre défenseurs des traditions syndicales et partisans d'une modernisation des règles commerciales.



