Les marchés financiers secoués par l'escalade au Moyen-Orient
Les tensions géopolitiques entre les États-Unis et l'Iran ont provoqué un retour de l'inquiétude sur les marchés financiers ce lundi, avec une hausse spectaculaire des prix du pétrole et un net recul des principales Bourses européennes. Cette volatilité intervient après un week-end marqué par de nouveaux incidents militaires dans le golfe d'Oman, venant doucher l'optimisme né de l'annonce de la réouverture du détroit d'Ormuz vendredi dernier.
Le pétrole en forte hausse, les Bourses européennes en recul
Dès l'ouverture des marchés, les cours du pétrole ont connu une progression significative. Le Brent de la mer du Nord, référence mondiale, a grimpé de 5,89% pour atteindre 95,70 dollars le baril. Le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, a quant à lui progressé de 6,40% à 89,22 dollars. Cette flambée des prix du brut s'est immédiatement répercutée sur les marchés actions européens, qui ont ouvert en nette baisse.
Les principales places boursières ont enregistré des pertes importantes : Paris a cédé 1,01%, Francfort 1,16% et Milan 1,06%. Seule Londres a limité la casse avec un recul de 0,36%, soutenue par la performance de ses majors pétrolières bénéficiant de la hausse des cours. « La semaine dernière a été marquée par un rebond, alimenté par l'espoir d'une paix imminente, mais les nouvelles du week-end ont tempéré cet optimisme », analyse Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank.
L'incident du cargo Touska ravive les tensions
L'optimisme de vendredi, né de l'annonce par Téhéran de la réouverture complète du stratégique détroit d'Ormuz, a été brutalement contrarié par les événements du week-end. Dimanche, la marine américaine a ouvert le feu sur le cargo iranien Touska dans le golfe d'Oman avant d'en prendre le contrôle. Donald Trump a justifié cette action sur sa plateforme Truth Social, affirmant que le navire « a tenté de franchir notre blocus maritime, et mal lui en a pris ».
L'Iran a réagi fermement lundi, promettant de « riposter bientôt » et accusant Washington d'avoir commis un « acte de piraterie armée » violant le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril. Cet accord fragile arrive à expiration dans deux jours, ajoutant à l'incertitude. « C'est la preuve que les positions des deux parties restent suffisamment éloignées pour qu'un accord durable de paix soit extrêmement difficile à conclure », estiment les analystes de la Deutsche Bank.
Les taux d'emprunt repartent à la hausse
La détérioration de la situation géopolitique a également impacté les marchés obligataires. Les taux d'intérêt des États européens, qui avaient chuté vendredi, ont repris leur ascension. Cette remontée s'explique par les craintes des investisseurs face à un possible regain d'inflation sur le continent, alimenté par la hausse des prix de l'énergie.
- Le rendement allemand à échéance dix ans, référence européenne, a atteint 2,99%, contre 2,95% vendredi en clôture.
- Son équivalent français a progressé de 0,05 point de pourcentage pour s'établir à 3,63%.
John Plassard, de Cité Gestion Private Bank, souligne que « le marché a sans doute été trop rapide à effacer la prime de risque géopolitique » et que « la trajectoire des prochains jours dépendra avant tout de la capacité des États-Unis et de l'Iran à revenir à la table des négociations ».
Des perspectives diplomatiques incertaines
Alors qu'une délégation américaine doit se rendre lundi au Pakistan pour tenter de relancer les négociations avec l'Iran, Téhéran a d'ores et déjà annoncé qu'il n'y participerait pas. Cette fermeture du dialogue diplomatique laisse présager une semaine volatile pour les marchés financiers.
Les analystes de Natixis estiment que « les nouvelles diplomatiques » devraient « continuer de mener les marchés » cette semaine, alors que « le chaud et le froid continuent de souffler en mode alternatif et erratique sur le détroit d'Ormuz ». Ce passage stratégique, par lequel transite habituellement un cinquième du pétrole et du gaz consommés dans le monde, reste au cœur des préoccupations des investisseurs.
L'Asie résiste mieux à la tourmente
Contrairement à leurs homologues européens, les marchés boursiers asiatiques ont affiché une résistance relative. Fermés vendredi lors de l'annonce de la réouverture du détroit d'Ormuz, ils n'avaient pas bénéficié du rebond de la semaine dernière et ont donc été moins impactés par le retournement de lundi.
- Hong Kong a progressé de 0,78%
- Shanghai a gagné 0,76%
- Tokyo a enregistré une hausse de 0,60%
Sur le marché des changes, le dollar - valeur refuge et monnaie de référence pour les transactions pétrolières - est resté stable, affichant une légère progression de 0,01% face à l'euro, à 1,1763 dollar pour un euro. Cette relative stabilité de la devise américaine contraste avec la volatilité observée sur les marchés actions et obligataires, soulignant la complexité des réactions des différents actifs financiers face aux tensions géopolitiques.



