Le Royaume-Uni remplace Churchill par des blaireaux sur ses billets de banque
Churchill remplacé par des blaireaux sur les billets britanniques

La fin des figures historiques sur les billets britanniques

Le Royaume-Uni s'apprête à tourner une page de son histoire monétaire. Les visages emblématiques qui ornaient les billets de banque britanniques vont progressivement disparaître au profit d'illustrations de la faune et de la flore locales. Cette décision de la Banque d'Angleterre suscite déjà de vives réactions dans la classe politique et au sein de l'opinion publique.

Une consultation publique qui tourne à l'avantage des animaux

La banque centrale britannique a lancé une vaste consultation l'été dernier concernant le renouvellement des billets de 10, 20 et 50 livres sterling. Principal objectif affiché : renforcer la lutte contre la contrefaçon. Mais le résultat a surpris beaucoup d'observateurs. Parmi les 44 000 participants, 60 % ont exprimé leur préférence pour des représentations animales, loin devant les monuments et l'architecture (56 %) et les figures historiques (38 % seulement).

Concrètement, cela signifie que Winston Churchill, le peintre William Turner, le mathématicien Alan Turing et la romancière Jane Austen vont progressivement quitter les billets britanniques. Leur remplacement par des blaireaux, des hérissons ou d'autres animaux de la faune britannique a immédiatement déclenché une tempête politique.

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Une polémique qui transcende les clivages politiques

Ed Davey, le chef des Libéraux-démocrates, s'est ému publiquement : « Winston Churchill a contribué à vaincre le fascisme en Europe. Il mérite mieux que d'être remplacé par un blaireau ! » Son propos, bien que métaphorique, résume l'indignation d'une partie de la classe politique.

Du côté des conservateurs, la cheffe de l'opposition officielle, Kemi Badenoch, a qualifié cette initiative d'« idée idiote » qui reviendrait à « effacer notre histoire ». Elle a rappelé son admiration pour Churchill, « largement considéré comme le plus grand Premier ministre que ce pays ait connu en temps de guerre ».

L'extrême droite n'est pas en reste. Nigel Farage a fustigé une Banque d'Angleterre devenue « folle et siphonnée » avec cette idée qu'il qualifie de « woke ». Pour lui comme pour d'autres critiques, cette décision survient au pire moment, alors qu'« une guerre fait rage en Europe » et que le pays devrait célébrer sa résistance historique face aux nazis.

Les arguments en faveur du changement

Pourtant, la Banque d'Angleterre avance plusieurs arguments solides pour justifier ce virage animalier. D'abord, les animaux présentent l'avantage d'être beaucoup moins controversés que les figures historiques. Comme le souligne The Economist, « les blaireaux ne peuvent pas être fustigés pour leurs convictions sur l'existence d'une hiérarchie entre les races, à l'inverse de Winston Churchill ». Le journal ajoute avec ironie : « Aucun écureuil ne peut être associé à l'esclavage. On ne peut pas en dire autant de Jane Austen. »

Ensuite, cette orientation permet d'éviter les polémiques récurrentes sur le manque de diversité dans la représentation sur les billets. Rappelons qu'en 2013, la Banque d'Angleterre avait été vivement critiquée pour l'absence quasi-totale de femmes sur ses billets - la reine Élisabeth II faisant exception. Aucune personnalité noire ou issue d'une minorité ethnique n'a jamais figuré sur la monnaie papier britannique.

Une tradition déjà établie en Écosse

Le Royaume-Uni ne part pas de zéro dans cette démarche. La Banque d'Écosse émet déjà des billets illustrés d'animaux comme le maquereau, la loutre, l'écureuil et le balbuzard pêcheur. Cette expérience nordique semble avoir inspiré la banque centrale anglaise dans sa volonté de renouveler l'iconographie monétaire.

La sélection finale des animaux qui orneront les nouveaux billets reviendra à un jury spécialisé. Les propositions incluent déjà des espèces emblématiques du territoire britannique : des goélands voleurs de sandwichs sur les côtes de la Manche, des renards fouillant les poubelles londoniennes, ou encore les hérissons particulièrement appréciés du public britannique.

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Une transition qui s'annonce progressive

Le processus de remplacement s'étalera sur plusieurs années. Les Anglais seront consultés une nouvelle fois avant la mise en circulation définitive des nouveaux billets. D'ici là, Winston Churchill et les autres figures historiques continueront de circuler dans les portefeuilles, avant d'être progressivement retirés de la circulation.

Cette transition marque un tournant important dans l'histoire monétaire britannique. Elle reflète également les débats contemporains sur la manière dont une nation choisit de représenter son identité et son histoire. Alors que certains y voient une perte de « gravité » et de tradition, d'autres considèrent cette évolution comme une opportunité de célébrer la biodiversité nationale tout en évitant les controverses historiques.

Matthew Lynn, dans les colonnes du Spectator, résume l'inquiétude des traditionalistes : « Pour rendre les billets un peu plus crédibles, les banques centrales ont pour coutume de faire appel à de grandes et sérieuses figures historiques, qui confèrent l'indispensable impression de gravité, de continuité et de permanence à ce qui, sans cela, risquerait de ne ressembler qu'à de simples bouts de papier chamarrés. »

Le débat est donc loin d'être clos. Il oppose deux visions de la symbolique monétaire : l'une ancrée dans l'histoire humaine et ses grandes figures, l'autre tournée vers la nature et sa neutralité présumée. Dans quelques années, lorsque les premiers billets animaliers seront émis, Churchill sera définitivement cantonné aux livres d'histoire - au sens propre comme au figuré.