Lettre de Villeroy de Galhau : la France face à un monde instable
Villeroy de Galhau alerte sur l'instabilité économique mondiale

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, quittera son poste dans un mois et demi. Il a adressé une dernière lettre de recommandations au président de la République. Dans un contexte de retour de la guerre au Moyen-Orient, il rappelle que l'économie mondiale est redevenue instable et que la France avance à vue face à ce nouveau choc.

Un contexte d'incertitude exceptionnelle

Le gouverneur se veut optimiste mais appelle à ne pas céder aux politiques court-termistes et au repli sur soi. Sa lettre, intitulée « Lettre 2026 », innove en articulant deux horizons de temps. Elle intervient dans une incertitude exceptionnellement élevée, dictée par le conflit au Moyen-Orient. La perspective économique ne peut se limiter à aller de crise en crise ; elle allonge également l'horizon en éclairant la performance de l'économie française depuis quinze ans.

Trois scénarios pour la France

Face à une grande imprévisibilité sur la durée et l'ampleur du choc, il est sage de se préparer à chacun des trois scénarios publiés par la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque de France. Il s'agit d'un choc d'offre négatif, entraînant moins de croissance et plus d'inflation. Les prévisions de mars restent valides : la France devrait garder une croissance ralentie mais positive, et l'inflation, après une poussée en 2026, reviendrait sous sa cible de 2 %.

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Politique monétaire et budgétaire

La politique monétaire se doit d'être prudente mais vigilante, prête à agir pour empêcher la propagation de la hausse de l'énergie. Les soutiens budgétaires, souvent demandés, s'avèrent coûteux et contre-productifs. Des mesures éventuelles doivent être temporaires et extrêmement ciblées, surtout en France qui doit réduire son déficit public. La meilleure réponse est l'accélération de la transition énergétique pour réduire la dépendance aux produits pétroliers.

Photographie de l'économie française

La lettre fournit une photographie factuelle avec une quarantaine d'indicateurs. Sur quinze ans, la France affiche une performance intermédiaire, avec une croissance annuelle de 1,1 % contre 1,2 % dans la zone euro et 2,3 % aux États-Unis. Le pouvoir d'achat des ménages a progressé de 0,7 % par an, grâce à des transferts budgétaires qui ont dégradé les finances publiques. La France a désormais les dépenses publiques et le déficit parmi les plus élevés de la zone euro, tandis que sa dette publique a augmenté de près de 30 points de PIB.

Emploi et compétitivité

La France a nettement redressé sa performance sur l'emploi, avec une baisse du chômage et une amélioration du taux d'emploi, surtout pour les seniors. L'inflation a été en moyenne de 1,9 %, une des plus faibles de la zone euro. La France a de bonnes finances privées mais de mauvaises finances publiques. Elle excelle dans la santé et la décarbonation, mais doit améliorer l'éducation et la recherche-développement privée.

Trois réglages à améliorer

Pour renforcer l'économie, trois réglages sont nécessaires. D'abord, améliorer l'efficacité des dépenses publiques sans baisses d'impôts non financées. Ensuite, cesser de transférer des déficits aux générations futures, en s'attaquant à la dette et aux retraites. Enfin, augmenter le volume et la qualité du travail, notamment par l'emploi des seniors et des gains de productivité via la recherche et l'innovation.

La France, avec l'Europe, a en main les cartes de son destin économique et peut retrouver une croissance potentielle d'environ 1,5 % par an d'ici moins de dix ans. Le débat collectif doit s'appuyer sur des diagnostics solides et des caps de moyen terme poursuivis avec persévérance.

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