Emmanuel Moulin, qui va devenir gouverneur de la Banque de France, est un haut fonctionnaire au profil très politique. Malgré l'accusation de « recasage », le candidat d'Emmanuel Macron a réussi mercredi à franchir l'obstacle de la validation parlementaire, et va donc succéder à François Villeroy de Galhau à la tête de l'institution monétaire.
Un parcours au cœur de l'État
Le président de la République connaît bien celui qu'il a choisi, puisque l'ex-directeur général du Trésor a été au cours de la dernière année son bras droit en tant que secrétaire général de l'Élysée. Deux postes stratégiques qui illustrent le double parcours de cet énarque discret mais affable, aux faux airs d'inspecteur Columbo, surtout lorsqu'il enfile son imperméable beige. À 57 ans, l'inspecteur général des finances également diplômé de Sciences Po et de l'Essec voit la Banque de France comme le couronnement d'une carrière entamée à la Banque mondiale.
Emmanuel Moulin commence dès 2007 à travailler dans les cercles de l'exécutif, sous la droite, un passé qu'il a mis en avant ces derniers jours pour relativiser l'étiquette macroniste et gagner la confiance des élus Les Républicains. Chez Christine Lagarde à Bercy puis à l'Élysée auprès de Nicolas Sarkozy, il contribue à naviguer à travers la crise de l'euro.
Un retour dans le privé puis dans la macronie
Après un passage dans le privé — Eurotunnel puis Mediobanca — pendant le quinquennat du socialiste François Hollande (2012-2017), il revient dans la machinerie de l'État avec l'élection d'Emmanuel Macron. D'abord au ministère des Finances comme directeur de cabinet de l'ex-LR Bruno Le Maire, puis comme directeur du Trésor fin 2020. Début 2024, nouvelle promotion politique. Le chef de l'État, qui vient de nommer le jeune Gabriel Attal à Matignon, lui adjoint cet homme d'expérience comme directeur de cabinet. Un passage rapide, stoppé net par la dissolution de l'Assemblée nationale qui éloigne aussi le président et son éphémère Premier ministre, entre lesquels Emmanuel Moulin tentera ensuite de jouer les entremetteurs, sans succès.
« C'est un grand serviteur de l'État qui a aussi beaucoup d'humour et d'autodérision », dit de lui Louis Jublin, ex-conseiller de Gabriel Attal, évoquant « quelqu'un de très solide et très rassurant dans les crises », avec un vrai « sens politique » acquis auprès de « Sarko ».
Un homme de confiance à l'Élysée
Arrivé à l'Élysée en avril 2025 en tant que secrétaire général, cet homme souriant a la lourde tâche de succéder à Alexis Kohler, jusque-là inamovible auprès d'Emmanuel Macron. À l'approche de la fin de règne, ce père de quatre enfants, marié à la chercheuse spécialiste des États-Unis Laurence Nardon, fait alors partie du cercle de plus en plus restreint autour du chef de l'État. Avec les atouts d'un homme « rationnel et politique à la fois », glisse une conseillère de l'exécutif, qui se demande « si le président l'écoute vraiment ».
La dette en question
Au sein du bloc central, certains lui reprochent des conseils mal avisés. « C'est Moulin qui a expliqué au président que nommer Bruno Le Maire comme ministre des Armées, c'était génial », croit savoir un proche d'Emmanuel Macron, un choix qui, en octobre, ulcère la droite et fait capoter tout le premier gouvernement de Sébastien Lecornu. Quand François Villeroy de Galhau annonce qu'il partira en juin, un an et demi avant sa fin de mandat, Emmanuel Moulin fait vite savoir qu'il va « tenter sa chance ». « Devenir gouverneur de la Banque de France, c'est un souhait de sa part, il ne s'en est jamais caché », rapporte un ex-conseiller ministériel qui l'a côtoyé. Sur le papier, il en a « les compétences », assure une ministre macroniste pour qui « il coche objectivement toutes les cases ».
Parmi les opposants les plus farouches au chef de l'État, l'insoumis Eric Coquerel, président de la commission des Finances de l'Assemblée, reconnaît qu'il est « sûrement très compétent, techniquement ». Mais il a été « au service de la politique économique conduite par Emmanuel Macron depuis 2017 », proteste le député, qui y voit un problème « d'indépendance et de neutralité ». À l'autre bout de l'échiquier politique, le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy est plus sévère. « Il est incompétent », dit-il à l'AFP, fustigeant sa responsabilité présumée dans l'aggravation de la dette française. Les opposants n'ont toutefois pas réussi à réunir une super-majorité pour lui barrer la route.



