Moody's maintient la note Aa3 de la France malgré une perspective négative
L'agence de notation financière Moody's a confirmé vendredi la note souveraine Aa3 de la France, classant toujours sa dette parmi celles « de bonne qualité ». Cette décision maintient la France dans une catégorie supérieure à celle accordée par ses concurrentes Fitch et Standard & Poor's, qui lui attribuent seulement A+ depuis l'automne dernier.
Des progrès budgétaires reconnus
Dans son communiqué publié vendredi soir, Moody's a souligné plusieurs éléments positifs concernant la solvabilité française :
- Le déficit public réalisé en 2025 s'élève à 5,1% du PIB, soit un niveau inférieur aux prévisions de l'agence (5,4%) et en nette amélioration par rapport aux 5,8% de 2024
- Le déficit budgétaire prévu pour 2026 est estimé à 5%, légèrement inférieur à la précédente prévision de 5,2%
- L'accord budgétaire trouvé cette année entre la gauche modérée et le centre droit « conforte notre évaluation de la solidité des institutions et de la gouvernance françaises »
Des risques politiques persistants
Malgré ces éléments positifs, Moody's maintient une perspective négative sur la note française, ouvrant la voie à une possible dégradation future. L'agence exprime plusieurs préoccupations :
- « La fragmentation du paysage politique français continuera à handicaper le fonctionnement des institutions législatives »
- Le budget 2026 n'apporte pas de clarté sur les mesures qui seront prises pour réduire le déficit au-delà de cette année
- Un risque important demeure que les partis politiques ne parviennent pas à s'entendre sur de nouvelles mesures de consolidation pour 2027 et au-delà
Des incertitudes économiques supplémentaires
Moody's craint également que « la hausse des coûts d'emprunt de l'État français suite au conflit au Moyen-Orient représente un risque pour nos prévisions concernant la capacité de remboursement de la dette publique ».
L'agence prévoit une croissance de 1% en 2026, en légère accélération par rapport aux 0,9% attendus pour 2025, avec une inflation atteignant 1,4% en 2026 contre 1,0% en 2025. Ces prévisions sont conditionnées à ce que « les effets du conflit au Moyen-Orient sur les prix de l'énergie et l'économie mondiale soient finalement contenus ».
Un prochain budget particulièrement périlleux
Les économistes anticipent que la question de l'instabilité politique reviendra « à partir de l'été » avec les préparatifs d'un budget « qui promet d'être très compliqué » avant la présidentielle de 2027, selon Paul Chollet, chef économiste de Crédit mutuel Arkéa.
« Moody's aura alors plus de latitude pour dégrader la France à l'automne », estime-t-il. Xavier Ragot, président de l'OFCE, partage cette analyse : « Si j'étais une agence de notation, je ne changerais pas la note avant la présidentielle et la clarification du débat économique qu'elle apportera ».
Le ministre de l'Économie et des Finances Roland Lescure a simplement « pris note » de la décision de Moody's, tandis que le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau a fait preuve d'un optimisme prudent, estimant que la situation économique se rapprochait à nouveau du scénario de base plus favorable.



