Le Livret A en chute libre : les épargnants se détournent massivement en mars
Livret A : les épargnants se détournent massivement en mars

Le Livret A en pleine désaffection : un mois de mars historique pour les retraits

Le Livret A traverse une période de turbulence sans précédent. Avec un taux d'intérêt abaissé à seulement 1,5% depuis février, ce produit d'épargne réglementé ne parvient plus à séduire les épargnants français. Les chiffres publiés ce mercredi par la Caisse des dépôts et consignations (CDC) sont sans appel : au mois de mars, les retraits ont excédé les dépôts de 490 millions d'euros. Cette tendance négative confirme un désamour croissant pour ce placement autrefois plébiscité.

Un premier trimestre catastrophique depuis 2009

La situation est particulièrement préoccupante pour le Livret A. Le mois de mars 2024 établit un triste record : il s'agit du pire mois de mars et du pire premier trimestre jamais enregistrés depuis que la CDC collecte ces données statistiques, c'est-à-dire depuis l'année 2009. Sur l'ensemble du premier trimestre, le solde du Livret A a ainsi diminué de 3,1 milliards d'euros, témoignant d'une érosion continue de sa popularité.

Malgré cette hémorragie, le stock global d'épargne déposé sur les quelque 58 millions de Livrets A reste colossal, s'élevant à 446,5 milliards d'euros. Cette masse financière importante montre que le produit conserve une base solide, même si les flux récents sont résolument orientés à la baisse.

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Les LDDS et le LEP également touchés par la défiance

Le phénomène de désaffection ne se limite pas au seul Livret A. Les Livrets de développement durable et solidaire (LDDS), qui proposent un taux identique de 1,5% mais avec un plafond de dépôt moindre, connaissent une stagnation inquiétante. En mars, ils n'ont enregistré qu'une hausse marginale de 80 millions d'euros, portant leur encours total à 165,3 milliards d'euros. Ces deux produits d'épargne réglementée pâtissent clairement de la division par deux de leur taux d'intérêt en à peine une année.

Le Livret d'épargne populaire (LEP), accessible sous conditions de ressources et offrant un taux plus attractif de 2,5%, n'a pas non plus échappé à la tendance. Selon les données de la Caisse des dépôts, les épargnants ont retiré 120 millions d'euros de plus qu'ils n'en ont déposé sur leurs LEP au cours du mois de mars, confirmant une défiance généralisée envers les livrets réglementés.

L'assurance vie profite pleinement de la situation

Cette baisse d'attractivité des livrets bénéficie directement aux principaux concurrents : les produits d'assurance vie, commercialisés par les établissements bancaires et les compagnies d'assurances. Avec un taux de rendement moyen estimé à 2,65% selon les chiffres publiés fin mars par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), les fonds euros de l'assurance vie sont redevenus compétitifs et attirent massivement les capitaux depuis le début de l'année.

Il convient cependant de nuancer cette comparaison : le taux de l'assurance vie ne comprend pas la fiscalité qui s'applique aux gains, contrairement au taux du Livret A qui est net d'impôt. Cette différence fiscale reste un argument important en faveur des livrets réglementés pour certains profils d'épargnants.

Un espoir de rebond à l'horizon de l'été

Le spectre de l'inflation, mesurée à 1,7% sur un an au mois de mars par l'Insee et alimentée par les tensions géopolitiques notamment au Moyen-Orient, pourrait cependant redonner un coup de pouce au Livret A dans les mois à venir. Cette accélération de la hausse des prix, portée par un rebond important des prix de l'énergie et des produits pétroliers, influence directement le calcul du taux du Livret A.

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Le taux de ce livret, appelé à être révisé à la mi-juillet et dépendant en partie de l'évolution de l'inflation, a donc de fortes chances d'augmenter. Selon les analyses de plusieurs observateurs du marché financier, il pourrait s'établir autour de 1,8% lors de la prochaine révision. Cette perspective de hausse pourrait marquer le début d'un retour en grâce pour ce produit d'épargne historique, à condition que la remontée soit suffisamment significative pour reconquérir la confiance des épargnants.