Le parcours atypique de Sonia Bichet, Meilleure Ouvrière de France poissonnière
Plutôt destinée à devenir avocate, Sonia Bichet a emprunté une voie radicalement différente. Originaire de la Vallée de la Chevreuse, au sud-ouest de Paris, cette fille d'une professeure de sport et d'un informaticien devait normalement entamer des études de droit après son bac S. Mais la vie en a décidé autrement.
La révélation sur les marchés de poisson
À 17 ans, Sonia entre dans une poissonnerie pour financer ses sorties. C'est là que tout bascule. "J'étais sur le marché dès 5 heures du matin avec des écailles de partout", se souvient-elle. Malgré la fatigue intense, elle découvre un univers qui la séduit profondément : "Les gens se parlaient durement mais c'était juste. J'ai vu beaucoup de solidarité. Loin du lycée et de ses apparences, j'ai découvert la vraie Sonia."
Cette révélation la conduit à annoncer à ses parents qu'elle abandonne la fac de droit pour un bac professionnel poissonnier. Une décision qui surprend, mais qu'ils acceptent finalement.
La quête d'excellence et le titre de MOF
Sonia excelle rapidement dans sa formation, devenant meilleure apprentie. Inspirée par son formateur, M. Brandin, qui préparait le concours de Meilleur Ouvrier de France, elle décide de suivre la même voie. Trop jeune pour le concours de 2019, elle patiente en accumulant les expériences :
- Saisons en Suisse et à Monaco
- Première femme championne du monde d'écaillage en 2020
- Huit années de préparation intensive
En 2023, après dix heures d'épreuves exigeantes, elle décroche enfin le prestigieux titre de Meilleure Ouvrière de France poissonnière écaillère. Une consécration pour celle qui devait initialement plaider dans les prétoires.
Un engagement profond pour la filière pêche
Sonia Bichet ne se contente pas de son titre. Elle s'engage activement pour soutenir la filière pêche, parcourant vingt pays en un an lors d'un tour du monde éducatif. "On n'est légitime avec des choses à raconter seulement en fin de carrière", affirme-t-elle, consciente que son combat ne fait que commencer.
Son caractère entier et déterminé la pousse constamment à relever de nouveaux défis. Elle avoue d'ailleurs "ne pas avoir le meilleur des caractères", mais cette authenticité fait partie de sa force.
Marraine d'Escale Assiette 2026 à Sète
Le lien avec Sète s'est créé naturellement. "En rentrant de mon tour du monde, j'ai fait des vidéos sur YouTube et Sète a été l'une des premières villes à me soutenir sans jamais rien me demander", explique Sonia. Ce soutien désintéressé a forgé une relation durable.
Comme marraine d'Escale Assiette 2026, elle ne se contente pas d'un rôle protocolaire. Elle s'engage pleinement : "On parle trop peu du sujet de la Méditerranée. On parle souvent de la pêche sur la façade Atlantique mais ici, il y a de belles traditions, c'est très complexe."
Elle salue particulièrement l'initiative Escale Assiette : "C'est bien d'avoir ajouté Escale Assiette car le devoir citoyen pour la protection de l'environnement passe par l'alimentation."
Des projets ambitieux pour l'avenir
À seulement 30 ans, Sonia Bichet a déjà de nombreux projets en tête :
- Ouvrir une poissonnerie-restaurant dans le 11ᵉ arrondissement de Paris d'ici fin 2026
- Poursuivre son engagement pour une pêche durable et responsable
- Visiter régulièrement le Japon où elle est invitée chaque année pour cuisiner avec des maîtres japonais
L'étoile Michelin pourrait bien l'attendre dans quelques années, mais Sonia reste humble : "Ce n'est pas parce qu'on est MOF qu'on n'a plus de rêves." Son parcours exceptionnel prouve que l'excellence artisanale peut naître des chemins les plus inattendus, et que la passion peut transformer une simple activité étudiante en vocation de toute une vie.



