L'École nationale supérieure de paysage (ENSP) de Versailles (Yvelines) fête son demi-siècle ce samedi 23 mai 2026 dans les allées du célèbre potager du roi. Enseignants et étudiants de l'établissement public ont ouvert leurs portes à la presse ce mercredi pour présenter un workshop original intitulé « Mondes Vivants ».
Un workshop artistique pour explorer les territoires de demain
Dans l'enceinte du potager du roi, des étudiants de deuxième année (bac +4) déambulent costumés, incarnant des personnages variés : un agriculteur, un oiseau, un bus. Ils présentent le rendu d'un module artistique de fin d'année, né d'un projet de territoire sur la Seine-Saint-Denis. L'initiative vient d'Agnès Prévost, artiste plasticienne et chargée d'enseignement, et d'Olivier Marty, responsable du département Arts de l'école. Chaque étudiant a choisi un personnage rencontré sur le territoire (animal, plante, machine de chantier) pour le faire interagir avec les autres. Le thème retenu est la fête, en écho aux 50 ans de l'école.
Des origines ancrées dans les marécages de Versailles
Pour comprendre pourquoi une école de paysage enseigne aussi la chorégraphie et la performance, il faut revenir à ses origines. L'ENSP a été fondée en 1976 dans le potager du roi, à proximité du château de Louis XIV. Elle est l'héritière d'une section d'enseignement de l'École nationale supérieure d'horticulture de Versailles, présente sur le site depuis 1874, créée à la demande du général de Gaulle pour accompagner la reconstruction de la France d'après-guerre. Les candidats doivent généralement posséder un bac général, technologique, ou un niveau bac+4 pour certaines formations spécialisées.
« C'est la première école de paysage française », affirme Alexandra Bonnet, directrice de l'établissement public depuis 2021. De grands noms sont passés par ici : Michel Corajoud, Bernard Lassus en tant qu'enseignant, ou encore Gilles Clément, concepteur du parc André-Citroën à Paris, lorsqu'il était étudiant. Quelque 2 000 paysagistes concepteurs y ont été diplômés depuis sa création. Aujourd'hui, les étudiants travaillent toujours au contact direct du site, cultivant leurs propres parcelles entre les neuf hectares et demi de jardins en creux et de cultures maraîchères. L'école dispose également d'un second site à Marseille (Bouches-du-Rhône), dédié aux spécificités du jardin méditerranéen.
Le métier de paysagiste : une dimension holistique
Contrairement aux idées reçues, un paysagiste concepteur n'est pas un simple jardinier. « C'est l'équivalent d'un architecte paysagiste, précise Alexandra Bonnet. Un praticien capable de spatialiser les besoins et de les ancrer dans la réalité des territoires, en respectant leurs racines naturelles et culturelles. » La formation convoque la botanique, la géologie, le climat, l'urbanisme, les sciences humaines et les arts. « C'est une dimension holistique, résume Agnès Prévost. Il y a une pluralité de regards, parfois très éloignés les uns des autres. »
L'ENSP est la seule école de paysage en France à disposer d'un département Arts structuré : « On apprend à être artiste. C'est un vrai pas de côté », insiste Olivier Marty. Un choix pédagogique assumé que les étudiants apprécient. Antonin, 21 ans, arrivé dans le paysage presque par hasard, se dit séduit : « Ce métier nécessite d'avoir toujours des idées, j'ai aimé me nourrir d'autres choses via cet aspect créatif. » Une camarade de 25 ans, plus mitigée, confie : « J'ai déjà fait deux ans de prépa artistique, donc c'est très répétitif pour moi. »
Un samedi festif au cœur du potager
Ce samedi 23 mai, l'établissement célèbre ses 50 ans dans les jardins du potager du roi. Au programme : un banquet participatif, des débats, des projections et une déambulation « performative » des étudiants. « Ce pont entre hier et demain, entre les générations qui nous ont précédés et ceux qui construiront les territoires futurs, c'est exactement l'image que cette fête donnera », promet Alexandra Bonnet. Belle coïncidence : cette année, le potager du roi célèbre également les 400 ans de la naissance de Jean-Baptiste de La Quintinie, son créateur et jardinier en chef de Louis XIV.



