Le vitipastoralisme dans le Gard rhodanien : un avenir prometteur mais menacé par la pénurie de bergers
Vitipastoralisme dans le Gard : un avenir prometteur mais menacé

Le vitipastoralisme dans le Gard rhodanien : une pratique ancestrale réinventée

Cet hiver, les vignes de Tavel et Lirac, dans le Gard rhodanien, ont accueilli un spectacle inhabituel : des centaines de moutons et chèvres paissant paisiblement entre les rangs. Cette pratique, connue sous le nom de vitipastoralisme, représente un système gagnant-gagnant pour les viticulteurs et les éleveurs ovins, mais son avenir est incertain face à une pénurie croissante de bergers.

Des bénéfices multiples pour l'agriculture locale

Avec l'arrivée du printemps, les ovins ont quitté les parcelles viticoles pour éviter de consommer les bourgeons, délicats et attractifs. "C'est la limite car avec le printemps les bourgeons apparaissent et c'est comme du bonbon pour elles", explique Bernard Roussin, berger de 69 ans originaire de Valréas dans le Vaucluse. Durant l'hiver, son troupeau de 400 têtes a brouté sur plus de 500 hectares exploités par les Vignerons de Tavel et Lirac, réduisant significativement les besoins en entretien mécanique.

Maguy Roudil, viticultrice à Tavel, témoigne des avantages : "Moi, ça m'a évité au moins deux, trois passages de tracteur pendant l'hiver". Elle souligne également les déjections extrêmement nutritives des animaux, qui enrichissent naturellement les sols, et le désherbage qui limite les risques d'incendie. Cette synergie permet aux éleveurs d'accéder gratuitement à des pâturages et aux viticulteurs de diminuer leur charge de travail.

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Un projet porté par les collectivités et la chambre d'agriculture

Initié en 2022 par l'agglomération du Gard rhodanien en partenariat avec la chambre d'agriculture du Gard, ce projet vise à ramener d'anciennes pratiques agricoles et à restaurer la biodiversité. Gabrielle Martel, responsable du dossier à la chambre, explique que l'objectif est de créer un écosystème résilient. Le bouche-à-oreille a fonctionné, touchant la majorité des viticulteurs de la région, démontrant un intérêt marqué pour cette méthode durable.

Cependant, la mise en œuvre rencontre un obstacle majeur : la rareté des bergers. Maguy Roudil, qui coordonne les efforts à Tavel, a contacté plusieurs éleveurs sans succès, souvent en raison de distances trop importantes. "On manque d'éleveurs ovins sur le secteur", confirme Gabrielle Martel, malgré l'émergence d'autres projets, comme à Sabran où trois éleveurs ont récemment pratiqué le vitipastoralisme.

L'avenir incertain face à la pénurie de main-d'œuvre

Bernard Roussin, bien qu'enthousiaste, s'interroge sur la pérennité de son activité. À 69 ans, des problèmes de santé et l'absence de repreneur menacent la continuité. "Il faudrait former des bergers mais c'est difficile. Il faut les chiens et c'est aussi un mode de vie particulier avec le troupeau qui est à l'extérieur toute l'année", note Maguy Roudil. Cette pénurie pourrait compromettre le développement du vitipastoralisme, pourtant prometteur pour une agriculture plus écologique.

En attendant l'hiver prochain, où les moutons reviendront probablement dans les vignes, les acteurs locaux espèrent sensibiliser et former de nouveaux bergers. Cette pratique, alliant tradition et innovation, pourrait bien redéfinir l'agriculture du Gard rhodanien, à condition de surmonter les défis humains et logistiques.

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