UTT en crise : hausse des frais d'inscription envisagée pour sauver le budget
UTT : hausse des frais d'inscription pour éviter le crash

L'Université de Technologie de Troyes (UTT) traverse une grave crise financière. Avec un budget en déficit de 2,8 millions d'euros, l'école publique d'ingénieurs de l'Aube envisage d'augmenter ses frais d'inscription pour éviter une mise sous tutelle par l'État.

Un constat alarmant

Rayan Khaldoun, étudiant ingénieur et vice-président étudiant du conseil des études, s'inquiète : « On vient de voter un budget de - 2,8 millions d'euros ! Avec les prévisions, on se rend compte qu'on va aller vers un crash… et que si on ne fait rien concrètement, il y aura une mise sous tutelle. »

Les scénarios envisagés

Plusieurs options sont sur la table concernant les frais d'inscription, actuellement fixés à 628 euros pour tout le cycle ingénieur :

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  • Statu quo : maintenir les frais à 628 euros.
  • Augmentation uniforme : passer à 990 euros pour le tronc commun et 1 990 euros pour les branches ingénieurs.
  • Frais modulés selon les revenus : coût moyen de 1 500 à 2 500 euros, avec un plafond à 5 000 euros. Les boursiers pourraient ne plus rien payer.

Rayan Khaldoun souligne une difficulté : « Le problème avec cette option, c'est que les parents ne donnent pas forcément à hauteur de ce qu'ils gagnent à leurs enfants ! »

Une sous-dotation chronique

Christophe Collet, président de l'UTT, dénonce le sous-financement de l'État : « L'État verse en moyenne 12 300 euros par an par étudiant en école d'ingénieur public. Mais pour un étudiant de l'UTT, cette subvention tombe à un peu plus de 8 200 euros. Et on a en plus une baisse de 2,5 % sur les quatre dernières années de la dotation de l'État. »

Le coût réel de formation d'un élève ingénieur est estimé à près de 11 500 euros. « On est l'école d'ingénieur la moins bien dotée de France, alors même qu'on se classe régulièrement parmi les toutes premières écoles post-bac. On nous demande de concourir à l'échelle nationale, européenne et internationale comme si on courait un 100 m avec un sac de 10 kg ! », s'exclame-t-il.

Éviter la mise sous tutelle

Si certains étudiants plaident pour une mise sous tutelle afin de forcer l'État à réagir, la direction y est farouchement opposée. Christophe Collet explique : « Vous pouvez effectivement tomber sur ce qu'on appelle un contrat de retour à l'équilibre financier… Ce n'est pas bon du tout parce que ça signifie que vous allez être placé sous la coupe du rectorat et perdre une partie de votre pilotage d'établissement. »

L'UTT refuse de réduire son offre de formation, notamment dans des domaines clés comme la cybersécurité et l'intelligence artificielle, jugés essentiels pour l'avenir et la réindustrialisation de la France.

Des pistes alternatives

Pour assainir ses finances, l'école explore d'autres leviers :

  • Optimisation de l'organisation administrative.
  • Valorisation accrue de la recherche.
  • Développement de l'alternance et de la formation continue.
  • Poursuite du projet d'Université de Technologie Européenne, visant des standards communs et un diplôme européen.

La hausse des frais d'inscription reste néanmoins une option, malgré les craintes des étudiants sur l'absence de soutien familial ou la concurrence des autres universités de technologie. Christophe Collet défend cette piste : « Le maintien des droits d'inscription uniformes crée une égalité de façade. Ce sont les classes socio-économiques les plus favorisées qui sont surreprésentées dans les filières d'excellence. Quand on a la chance d'avoir des parents qui font partie des CSP+, il ne me paraît pas impensable qu'on leur demande plus pour permettre aussi d'avoir une politique sociale et augmenter le nombre de bourses. »

Décision en juillet

Le conseil d'administration de l'UTT tranchera début juillet sur ce sujet délicat, avec une mise en œuvre prévue pour la rentrée de septembre 2027. Christophe Collet insiste : « On a analysé les différents scénarios de manière argumentée, et on a demandé aux étudiants d'en faire d'eux-mêmes, de manière qu'ils prennent conscience de la prise de risque. Dans ces affaires-là, le moins courageux est de ne rien faire et d'attendre. Mais la prise de risque augmente avec le temps. »

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