Saint-Émilion : le défi des primeurs 2025 pour Marie Lefévère
À Saint-Émilion, Marie Lefévère, qui dirige trois crus classés et un hôtel, se prépare à vivre une campagne de vente en primeur du millésime 2025 particulièrement délicate. Cette question cruciale anime les semaines à venir : comment se vendra le millésime 2025 en primeur ? La qualité s'annonce excellente, mais suffira-t-elle à attirer les acheteurs ? Après deux campagnes difficiles pour les millésimes 2023 et 2024, la mécanique des primeurs est-elle simplement enrayée ou en danger de disparition ?
Un parcours atypique vers la viticulture
Marie Lefévère se pose ces questions au Château Sansonnet, un cru classé depuis 2012 situé sur les plus beaux terroirs de Saint-Émilion. Cette pharmacienne de formation a bifurqué vers la viticulture en 2009, lorsque Soltechnic, une société de BTP basée à Bruges (Gironde) dirigée par son beau-père Jean-François et son mari Christophe, a commencé à investir dans le vin. « Mais j'étais déjà une passionnée. J'ai vinifié avec mon père, négociant et courtier à Libourne », confie-t-elle. Rien d'étonnant donc à ce que ses enfants, à la question classique posée à l'école « Que fait ta maman ? », répondaient « Maman boit du vin ».
Le Château Sansonnet, situé sur des terroirs exceptionnels, a été entièrement restauré depuis son acquisition en 2009. « Il faut redonner envie de boire du bordeaux. Reprendre nos valises et nos échantillons et repartir à la conquête de clients, même si certains n'ont jamais arrêté de le faire », affirme Marie Lefévère. La crise est là, pour tous. « Ça ne sert à rien de ruminer les problèmes ».
Les aléas climatiques et la tension des primeurs
La viticulture, c'est autre chose que les tableaux Excel utilisés dans les entreprises. Il y a la grêle, le mildiou ou la sécheresse, tous ces accidents climatiques. Depuis la terrasse de la Villa des Vignes, l'hôtel du Château Villemaurine au cœur de Saint-Émilion, la vue plonge sur la cité médiévale. Les 7 hectares de vigne sont tout autour. Et des mauvais souvenirs reviennent : à peine l'achat effectué en 2009, le vignoble avait été ravagé par la grêle. « La viticulture, c'est autre chose que les tableaux Excel utilisés dans les entreprises. Il y a la grêle, le mildiou ou la sécheresse, tous ces accidents climatiques ».
À partir du 20 avril – la semaine dite des primeurs –, les vins du millésime 2025 de celle qui se définit avant tout comme une technicienne seront dégustés par des professionnels venus du monde entier (distributeurs, importateurs, restaurateurs, cavistes, médias). Suivant la qualité retenue par ces experts, les prix de sortie annoncés par les châteaux et la conjoncture économique, les caisses de bouteilles seront achetées, ou pas. Et ce, via les négociants de la Place de Bordeaux.
« La rareté – des châteaux qui manquent de vin – et la spéculation – des bouteilles qui prendront de la valeur dans le temps –, soit les deux principaux moteurs d'un achat en primeur, ne sont plus de mise aujourd'hui », note, lucide, Marie Lefévère. Du coup, pourquoi un amateur achèterait par anticipation un vin qu'il ne recevra que fin 2027, une fois son élevage en barriques terminé ? C'est là tout l'enjeu d'une campagne des primeurs qui s'annonce sous tension.
Une mosaïque de propriétés et un accueil intimiste
Marie Lefévère gère une mosaïque de propriétés (26 hectares au total, à majorité de merlot). En tête, trois crus classés, ce qui est rare à Saint-Émilion pour une même famille :
- Sansonnet (7 hectares) acquis en 2009
- Moulin du Cadet (2,8 hectares) depuis 2015
- Villemaurine (8 hectares) acheté en 2021 à la famille Onclin
Ce sont là trois chais – chaque cru classé doit avoir son chai, c'est la règle – situés sur un petit périmètre. Ces vins valent entre 35 et 55 euros la bouteille. Un quatrième chai, situé à Saint-Christophe-des-Bardes, tout proche de la cité médiévale, donne les châteaux Soutard-Cadet et Harmonie. L'ensemble emploie une quinzaine de personnes.
Passage par la boutique de vente de Sansonnet, inondée de lumière grâce à ses baies vitrées, où les nombreux châteaux de la famille sont à la vente. Julien Cailleau en a la charge : « Nombre de visiteurs reçus ici ont déjà vu d'autres propriétés, parfois des grandes. Ils recherchent autre chose, des émotions différentes. Nous proposons donc un accueil plus intimiste et personnalisé ». Il en coûtera 45 euros la visite. « Ceux qui vivent sur la propriété en parlent le mieux », complète la propriétaire.
Direction ensuite Villemaurine, à deux pas de là. C'est le dernier cru classé acquis par la famille (en 2021). Il est idéalement placé à l'entrée du village. Les touristes pourront y visiter ses carrières – très nombreuses sous les parcelles de vigne de la région –, mais aussi dormir sur place. C'est la grande nouveauté : la Villa des Vignes a ouvert en septembre après trois ans de travaux. Onze chambres de standing avec des terrasses donnant – logiquement – sur les vignes. Et même une piscine intérieure. Ici, viticulture et hôtellerie vivent en harmonie : on peut aller de la salle du petit-déjeuner au cuvier de la propriété en franchissant une simple porte.



