Après plusieurs tentatives infructueuses, le maire de Roquefort-sur-Soulzon envisage de remettre le dossier sur la table. En pleine année du centenaire de l'AOP, la question se pose. Nouveau rebondissement en vue à Roquefort-sur-Soulzon, capitale du "roi des fromages" ?
Une confusion géographique persistante
À plusieurs reprises dans le passé, la commune a engagé des démarches pour changer de nom au profit de Roquefort-en-Aveyron. Parmi les raisons, plusieurs communes homonymes dans la région (Roquefort-des-Corbières, Roquefort-sur-Garonne, Roquefort dans le Gers, etc.) entraînant une certaine confusion géographique. Mais une dernière demande formulée dans les années 2000 s'était une nouvelle fois soldée par un refus du Conseil d'État.
"On a été recalé trois fois, dont la dernière entre 2000 et 2005, au prétexte que ce changement de nom était trop commercial", relate Bernard Sirgue, le maire de la commune. "À l'époque on avait fait réaliser un sondage d'opinion. Sur 100 personnes interrogées, 80 situaient notre commune entre Bordeaux et Nice ! Même pour le fromage, on a du mal à le situer. 20 % le localisaient au pied du Larzac et dans l'Aveyron, mais 80 % ne le localisent pas du tout ici."
Le dossier pourrait être rouvert d'ici "six mois ou un an"
Une similitude qui n'est pas sans rappeler le cas de la ville de Châlons-sur-Marne, devenue Châlons-en-Champagne en 1995. "Je connais bien le maire, on s'était entretenu à plusieurs reprises. Sa demande avait été recalée 7 fois", ironise Bernard Sirgue, à la tête de la mairie depuis 1989. Pas d'élément nouveau depuis, mais le dossier roquefortais ne semble toujours pas refermé pour autant, alors que la commune se retrouve sous le feu des projecteurs en cette année du centenaire de l'AOP. Celui-ci pourrait même être remis sur la table "d'ici 6 mois ou un an", envisage l'édile.
"La question peut se poser, même si le conseil municipal a quand même son mot à dire. Les élus d'il y a 15 ans ne sont plus les mêmes qu'aujourd'hui. Il faudra reprendre l'historique et voir comment tout cela a évolué. Le dossier est encore en vie", veut croire le médecin à la retraite. Pour voir le nom du Soulzon, modeste cours d'eau, tomber un jour aux oubliettes, il faudra sans doute trouver de nouveaux arguments pour convaincre le Conseil d'État. "Il faut qu'un cabinet d'avocat reprenne le dossier de A à Z. Cela devrait nous prendre au moins 6 mois ou un an."
Partant du constat qu'il n'est toujours pas aussi évident pour les touristes de situer la commune aveyronnaise sur une carte
"J'en ai marre de prendre des gifles", confie le maire. "Il existe toujours des confusions. Mais la dernière fois, ça ne les avait pas émus. Depuis 15 ans, il y a quand même des évolutions dans leur raisonnement et la présentation du sujet. Il va falloir trouver de nouveaux arguments." Sachant que le nombre de visiteurs, entre 180 000 et 200 000 ces dernières années, est en baisse depuis les 400 000 à l'époque de l'inauguration du Viaduc de Millau il y a vingt ans. À force de taper à la porte, celle-ci finira-t-elle enfin par s'ouvrir ?
"J'en ai marre de prendre une gifle, j'aimerais bien que la prochaine fois soit la bonne", espère le maire. "On nous reproche que ce changement de nom soit commercial. À Roquefort il y a du fromage à vendre, c'est évident. Mais situer la zone de production du roquefort géographiquement parlant, ce n'est pas si bête. En le situant en Aveyron, on fait d'une pierre deux coups."
À voir par la suite si le soutien éventuel des collectivités concernées pourrait servir cette cause. "À l'époque le président du Département s'appelait Jean Puech et était le ministre de l'agriculture (entre 1993 et 1995, NDLR). Des soutiens on en avait, cela n'a pas empêché le projet de capoter."



