Pluies, orages, grêle et coups de mer : les précipitations record de ces derniers mois touchent tous les secteurs en Occitanie. La situation, anormale pour la saison, perdure depuis cinq semaines. "Le vent du sud ramène de l'humidité de la Méditerranée", souligne Roland Mazurie à Météo France. L'air étant encore froid en altitude, la différence avec le sol alimente des nuages orageux. La situation devrait rester instable cette semaine, avant un air plus sec venu du nord-ouest la semaine prochaine. "Mais ça pourrait n'être que temporaire", souligne Roland Mazurie.
Des nappes phréatiques rechargées
Les nappes phréatiques se sont refait une santé, à l'exception du département des Pyrénées-Orientales, moins touché par les fortes pluies de 2018 : "Sur l'ex-Languedoc-Roussillon, en janvier, on était dans une situation qu'on ne voit que tous les cinq à dix ans en termes de bas niveau des nappes, aujourd'hui, c'est l'inverse, avec des hauts niveaux exceptionnels", explique Perrine Fleury, hydrogéologue au BRGM. Qu'il s'agisse de consommation courante ou d'irrigation, "on est tranquille pour l'été".
Prévisions estivales
Pour les trois mois à venir, "les températures seront plus élevées que la normale, une constante avec le réchauffement climatique", indique Roland Mazurie. Christophe Ferré, pour Météo Languedoc, se mouille un peu plus : selon lui, le maintien de dépressions au niveau de l'Espagne et du Golfe de Gascogne "sera propice à des orages répétitifs".
Tourisme : plages et rivières en berne
Pour leur première saison à la Boca, paillote de plage à La Grande-Motte, Sylvain et Séverine Delachaussée avaient tout prévu, sauf les caprices de la météo : "On a ouvert le 1er mai, on a bien travaillé le week-end du 5-6 mai. Depuis, on végète." Avec les ponts de mai, "comme tous les commerçants, on pensait qu'on allait faire un mois historique, il est historiquement triste", déplorent-ils. Économiquement, il faudra résister : "On a investi 100 000 € dans l'aménagement, on a un loyer, il faut payer nos deux salariés." Heureusement, le couple gère parallèlement le restaurant du camping du Grau du Roi et garde le sourire.
L'Orb impraticable pour le canoë
À plus de 100 km de là, dans le parc naturel du Haut-Languedoc, Philippe Gonzales, créateur de la base de canoë "Roquebrun" sur l'Orb, constate un début de saison catastrophique. Alimenté par de fortes pluies, avec un débit de 30 m3/s, le fleuve est impraticable pour le grand public : "J'ai ouvert le 15 avril, j'ai travaillé un jour et demi. J'ai dû refuser 150 personnes le week-end dernier." En 2017, les locations lui avaient rapporté 15 000 € ; cette année, "pas plus de 500 €".
Viticulture : la menace du mildiou
Vincent Bonnal, viticulteur bio à Bédarieux (Hérault), redouble d'efforts pour sauver sa récolte du mildiou, un champignon. "Depuis un mois, c'est extrêmement pluvieux et humide et c'est le plus mauvais moment puisqu'on approche de la floraison de la vigne", explique-t-il. Il traite jour et nuit avec du sulfate de cuivre et des orties. "Là c'est tendu, il y a un risque sur la récolte, il faudrait vraiment du beau et du sec." Il avait perdu l'an passé 40 % de sa récolte à cause de la grêle puis de la sécheresse.
Fruitiers : la "double peine"
Les gelées de la fin février et le manque d'ensoleillement sont les causes de la baisse de rendement de la filière fruits à noyaux, selon Raphaël Martinez, directeur de la Fédération fruits et légumes d'Occitanie. Le gel tardif a touché les arbres fruitiers en début de floraison. Principales victimes : les productions de prunes et d'abricots. La filière enregistre "une baisse de 50 % par endroits pour les prunes". Pour les abricots, c'est la "double peine" : production en baisse de 20 à 30 % selon les secteurs et fruits en retard d'une quinzaine de jours. Les prix devraient rester conformes à ceux de l'année dernière.
Moustiques : 15 % de traitements en plus
Le moustique aime les printemps pluvieux. Les eaux stagnantes favorisent le développement des larves. Jean-Claude Mouret, responsable adjoint de l'EID Méditerranée, explique : "Tous les jours nous surveillons" les zones humides. En ce printemps 2018, 19 000 hectares ont déjà été traités, soit 15 % de plus qu'en 2017. Pour le moustique tigre, il est conseillé aux particuliers de vider coupelles et contenants, et de grillager les récupérateurs d'eau de pluie.
Incendies : une accalmie trompeuse
"Avec les orages, la sensibilité au feu de la végétation est très faible", se félicite le commandant Jérôme Tallaron des pompiers du Gard. "En ce moment, on a un ou deux départs de feu par jour, contre une dizaine l'an dernier." Mais ce calme reste trompeur : "On n'aime trop les printemps pluvieux, parce que ça nous amène derrière beaucoup de végétation qui peut devenir du combustible." Dans l'Aude, le colonel Henri Benedittini s'inquiète des séquelles de la sécheresse de 2017 : "Dans les Corbières maritimes et le massif de La Clape, on a jusqu'à 30 % des végétaux qui sont morts."



