Alors que la France fait face à des épisodes de canicule de plus en plus fréquents, les petits campings, souvent nichés dans des cadres naturels idylliques, sont en pleine crise. Selon une enquête du Monde, près de 30 % des petits campings (moins de 50 emplacements) ont fermé leurs portes entre 2015 et 2025.
Un secteur fragilisé par les normes et le changement climatique
Les propriétaires de ces structures familiales pointent du doigt des normes de sécurité et d'hygiène de plus en plus strictes, qui nécessitent des investissements lourds. « Nous devons installer des systèmes de climatisation, des piscines sécurisées, et mettre aux normes les branchements électriques, explique Jean-Pierre Martin, propriétaire d'un camping dans le Lot. Pour un petit établissement, cela représente plusieurs dizaines de milliers d'euros, impossibles à amortir. »
Le changement climatique aggrave la situation. Les canicules, comme celle qui a frappé le sud de la France en juin 2026, réduisent la saison touristique. « Les clients annulent leurs réservations quand il fait trop chaud, surtout les familles avec enfants », ajoute-t-il. Selon une étude de l'Union des campings de France, la fréquentation a chuté de 15 % lors des épisodes de canicule.
Des campings victimes de leur succès… et de leur taille
Les petits campings sont souvent situés dans des zones naturelles prisées, mais leur taille les rend vulnérables. « Les grandes chaînes de camping investissent dans des équipements de luxe, comme des parcs aquatiques, ce que nous ne pouvons pas nous permettre », déplore Marie Dupont, gérante d'un camping en Ardèche. La concurrence est rude : entre 2020 et 2025, le nombre de campings de plus de 100 emplacements a augmenté de 12 %, tandis que les petits ont perdu 25 % de leur part de marché.
Les propriétaires peinent également à recruter du personnel saisonnier. « Nous proposons des salaires modestes, et les jeunes préfèrent travailler dans des structures plus grandes ou dans d'autres secteurs », indique M. Martin. Selon Pôle emploi, le nombre d'offres d'emploi dans les petits campings a baissé de 40 % en cinq ans.
Des conséquences sur le tourisme local
La fermeture de ces campings a un impact direct sur l'économie des zones rurales. « Les petits campings attirent une clientèle fidèle, qui consomme dans les commerces locaux. Leur disparition fragilise tout un écosystème », alerte le maire d'une commune du Vaucluse. Une étude de la Fédération nationale de l'hôtellerie de plein air estime que chaque fermeture de petit camping entraîne une perte de 50 000 euros par an pour les commerces alentour.
Face à cette situation, certaines collectivités tentent d'aider les propriétaires. Des subventions sont proposées pour la mise aux normes, et des formations sont organisées pour améliorer la gestion. Mais pour beaucoup, il est trop tard. « J'ai mis mon camping en vente, mais il n'y a pas d'acquéreur. Les banques ne prêtent plus pour ce type d'activité », confie Mme Dupont. Selon elle, la moitié des petits campings de sa région pourraient disparaître d'ici 2030.
Un avenir incertain
Les professionnels du secteur appellent à une prise de conscience. « Il faut adapter les normes à la réalité des petites structures, et encourager le tourisme durable », plaide le président de l'Union des campings de France. En attendant, les petits campings continuent de fermer, victimes d'une conjoncture défavorable et d'un modèle économique fragilisé.



