PAC en péril : les vignerons indépendants s'alarment d'une baisse de 20% des crédits européens
PAC : les vignerons inquiets face à la baisse des crédits européens

Une réforme de la PAC qui suscite l'inquiétude dans le monde viticole

La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a tenté de rassurer les professionnels du secteur lors du congrès des vignerons indépendants au Pont du Gard, mais les craintes persistent face à la réforme en cours de la Politique Agricole Commune. Sous le regard vigilant de Jean-Marie Fabre, président national des vignerons indépendants originaire de l'Aude, la profession a exprimé ses profondes préoccupations concernant l'avenir du soutien européen.

Une baisse historique des crédits européens

L'Union européenne annonce une diminution significative des crédits alloués à la PAC, passant de 2000 milliards à 1600 milliards d'euros, soit une réduction de 20%. Cette baisse s'accompagne d'un transfert de compétences vers les États membres, qui devront assumer davantage de responsabilités dans la mise en œuvre des politiques agricoles. Henri Cabanel, sénateur de l'Hérault et membre du groupe de suivi PAC au Sénat, confirme ces changements fondamentaux : "Effectivement, il va y avoir des changements fondamentaux dans la PAC dans un souci soi-disant de simplification."

Le sénateur précise que cette réforme intervient dans un contexte où le budget agricole européen ne représente que 0,35% du PIB de l'Union, contre 1,5% aux États-Unis et 2% en Chine. "Comme nous sommes parmi les pays qui touchent le plus, c'est nous qui allons être pénalisés le plus", alerte-t-il, soulignant que les droits de paiement de base constituent une part essentielle du revenu des agriculteurs français.

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Les craintes spécifiques du secteur viticole

Si aucune mesure spécifique n'est encore annoncée pour la viticulture, l'enveloppe globale diminuera sur fond de baisse générale des crédits. Jean-Marie Fabre, président des vignerons indépendants, déplore cette orientation : "L'annonce faite par la présidente de la commission montre que la souveraineté alimentaire, qui était un des piliers de notre continent, n'est plus qu'une utopie lointaine pour nombre de pays du nord de l'Europe."

Il qualifie cette décision d'"erreur stratégique majeure", particulièrement dans le contexte géopolitique actuel marqué par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. "Ce qui se passe impose à l'Europe de se réarmer certes au sens militaire mais aussi au sens agricole", insiste-t-il.

La capacité budgétaire française en question

L'inquiétude majeure de la profession concerne la capacité de la France à compenser les réductions européennes. Henri Cabanel explique le mécanisme prévu : "Sur l'environnemental, il y aura une somme de subventions avec obligation pour chaque pays de participer au moins à 30% mais possibilité d'aller au-delà."

Or, le sénateur constate amèrement : "En France, nous sommes fauchés comme les blés. Il est à peu près sûr que nous n'irons pas au-delà des 30% contrairement à des pays comme la Pologne, qui mettent le paquet sur leur agriculture." Cette situation risque de créer des déséquilibres concurrentiels au sein de l'Union européenne.

Un appel urgent à la mobilisation

Alors que les négociations entre États et Union européenne vont se poursuivre jusqu'en décembre 2026, avec un vote au Parlement européen prévu au premier trimestre 2027, Henri Cabanel lance un appel pressant à la mobilisation : "C'est maintenant que les syndicats doivent se manifester pour nous aider à mettre la pression sur le gouvernement français et les parlementaires européens pour minimiser au maximum la baisse des crédits."

Le sénateur exprime son scepticisme face aux promesses de compensation évoquées par la ministre de l'Agriculture : "La ministre de l'agriculture évoque une enveloppe indépendante qui compenserait. Nous n'y croyons pas un seul instant."

Jean-Marie Fabre et les vignerons indépendants ont bien entendu ce message d'alerte. Ils militent activement avec leur confédération européenne pour "un budget non seulement consolidé mais même renforcé". Le président national des vignerons indépendants plaide pour "une vision européenne collégiale, forte financièrement, et que la PAC maintienne le régime d'organisation commune de marché dédié au secteur".

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Les professionnels du vin, réunis en congrès national dans le cadre majestueux du Pont du Gard, ont ainsi fait remonter leurs préoccupations, souvent liées au changement climatique mais désormais également politiques. La visite de la ministre de l'Agriculture a fait émerger cette peur plus structurelle : celle de voir démantelés par l'Europe les piliers historiques de la Politique Agricole Commune, au moment où l'Union annonce vouloir réorienter ses crédits vers d'autres priorités, notamment la défense.