L'Observatoire du déclin agricole au Sénat : diagnostic alarmant et solutions en attente
Observatoire du déclin agricole : diagnostic et solutions en suspens

L'Observatoire du déclin agricole sonne l'alarme au Sénat

Le 2 février dernier, le Sénat a accueilli une rencontre cruciale intitulée « L'observatoire du déclin agricole et pour l'autosuffisance », articulée autour du thème « Agriculture française, la faim se rapproche ». Cette assemblée a rassemblé une diversité d'acteurs : le sénateur Laurent Duplomb en hôte, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard pour la clôture, ainsi que des économistes, juristes, essayistes, journalistes, présidents d'Organisations professionnelles agricoles, un médecin, un ingénieur et de nombreux invités venus échanger.

Un diagnostic sans appel sur la compétitivité

Le constat est implacable : l'agriculture française n'est plus compétitive. Accablée par des charges et des normes coercitives, elle se retrouve systématiquement plus chère que ses concurrentes internationales. Ces dernières pratiquent souvent une surenchère du moins-disant social, fiscal et environnemental. L'État en est parfaitement conscient, comme en témoigne la balance commerciale agroalimentaire française devenue négative pour la première fois depuis un demi-siècle.

La question centrale demeure : cette nouvelle réflexion débouchera-t-elle sur de simples soins palliatifs ou sur des médications courageuses pour guérir une situation qui s'enlise depuis des décennies ? Le temps de la prévention semble révolu, place maintenant à l'action.

La concurrence déloyale et le pouvoir d'achat

Lors de cette réunion, des interrogations cruciales ont émergé. La ministre Annie Genevard a-t-elle évoqué les accords franco-marocains successifs depuis 2012, dont elle a elle-même cosigné un accord-cadre de coopération agricole en 2024 ? Quelqu'un a-t-il préconisé l'arrêt des importations en provenance du Maghreb pour restituer leur potentiel aux maraîchers français ?

Même constat pour les importations en provenance de l'Union Européenne, comme l'Italie, le Portugal, la Grèce, la Pologne ou l'Espagne, où les coûts salariaux peuvent être jusqu'à deux fois inférieurs aux nôtres. Face à cette réalité, le pouvoir d'achat des consommateurs ne permet guère de patriotisme économique : beaucoup privilégient les denrées importées à bas coût.

La France caracole en tête des prélèvements fiscaux parmi les 38 pays de l'OCDE, avec des taxes représentant 46,1 % du PIB. Comment relancer la consommation quand presque un euro sur deux retourne dans les caisses de l'État ? Prenons l'exemple éloquent d'un kilo d'abricots français vendu 5 euros à l'étal, contre 2,50 euros pour un kilo d'abricots espagnols. Avec un consommateur n'ayant que 2,50 euros en poche, les causes du déclin agricole sautent aux yeux.

La multiplication des consultations sans effets tangibles

Cet observatoire s'ajoute à la longue liste des assises, rencontres, états généraux, commissions et consultations citoyennes sur l'agriculture. Rappelons le Grand débat rebaptisé ImPactons, lancé en mars 2020 par une présentatrice de télé-réalité et un ancien ministre de l'Agriculture. Malgré la participation d'ONG, associations, syndicats et internautes, ainsi que la création d'une assemblée citoyenne de 140 personnes tirées au sort, le Covid a mis un coup d'arrêt au processus.

La restitution a finalement mis en avant les notions de souveraineté alimentaire et d'approche environnementaliste, sous la présidence d'une docteure en géographie urbaine, accompagnée de sept « savants » issus de la « cogitation urbaine ». Une configuration qui interroge sur la pertinence des décideurs face aux réalités du terrain.

L'impact des Lois Egalim et l'hégémonie de la grande distribution

Les retombées défavorables des Lois Egalim, issues des États généraux de l'alimentation de 2018, étaient prévisibles. Dès le début des travaux, certains ateliers étaient présidés par Serge Papin, alors PDG de Système U et devenu depuis ministre. L'expérimentation préconisant le relèvement de 10 % du seuil de revente à perte a surtout conforté les marges des distributeurs.

Ces derniers reconnaissaient alors que la guerre des prix avait trop duré, promettant des prix calculés sur les coûts de production. Mais qui tiendrait la calculette ? Pratiquement tous les opérateurs, sauf les agriculteurs eux-mêmes. Dans un pays où la grande distribution jugule l'inflation, permettant un certain pouvoir d'achat et désamorçant les tensions sociales, cette hégémonie perdure depuis trois décennies.

La seule alternative pour y mettre fin : que le législateur impose et fasse appliquer un réel coefficient multiplicateur. Après la Loi d'Orientation Agricole et la Loi Duplomb, avec le projet de Loi d'urgence promis par Sébastien Lecornu aux agriculteurs et devant être examiné en mars, le monde paysan collectionne les propositions mais attend toujours les solutions concrètes. La volonté politique, pourtant essentielle, semble avoir déserté le combat, privilégiant la palabre à l'action.