Un texte étoffé pour répondre à la crise agricole
Le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles sera présenté ce mercredi 8 avril 2026 en Conseil des ministres. Initialement centré sur quelques thématiques, ce texte s'est considérablement étoffé pour aborder une dizaine de chantiers différents avec ses 23 articles. Le gouvernement répond ainsi à la pression croissante du monde rural en crise profonde, en inscrivant l'agriculture comme un « intérêt général majeur » de la Nation.
Souveraineté alimentaire et achats patriotiques
Au cœur du dispositif, la reconquête des marchés passe par la labellisation de « projets d'avenir agricole » visant à structurer les filières et réduire les importations comme le poulet brésilien ou ukrainien. Le texte impose également des « achats patriotiques » dans les cantines publiques, qui devront obligatoirement se fournir au sein de l'Union européenne.
Pour lutter contre la concurrence déloyale, une mesure phare permet désormais au ministre de l'Agriculture d'interdire, sous deux mois, l'importation de denrées contenant des résidus de pesticides prohibés dans l'UE. Une brigade de contrôle dédiée, annoncée fin 2025, sera mise sur pied pour encadrer la qualité des produits alimentaires importés.
Gestion de l'eau et protection des terres
Le projet de loi entend faciliter la construction d'ouvrages de stockage de l'eau en renforçant les pouvoirs des préfets. Si cette mesure est attendue par de nombreux exploitants, notamment dans le Sud-Est, plusieurs ONG s'inquiètent d'un recul environnemental, particulièrement dans les zones humides.
Autre disposition importante : le texte inverse la responsabilité des zones de non-traitement (ZNT). Jusqu'ici à la charge des agriculteurs, la création de ces « zones tampons » en bordure de champs incombera désormais aux aménageurs des parcelles voisines. L'objectif est clair : donner plus de poids à l'agriculture face à l'urbanisation croissante.
Revenus agricoles et protection des troupeaux
Sur le plan économique, le gouvernement veut généraliser les « tunnels de prix » (prix plancher et plafond) pour éviter les ventes à perte, une mesure particulièrement réclamée par les viticulteurs. Le poids des organisations de producteurs sera également renforcé lors des négociations avec les industriels.
Concernant la prédation, le texte acte le déclassement du loup par l'UE en tant que simple espèce « protégée » et permet d'aligner la protection des bovins sur celle des ovins. Toutefois, la FNSEA juge cette disposition « largement insuffisante » et réclame des mesures de simplification plus radicales pour protéger efficacement les troupeaux.
Ce projet de loi d'urgence agricole représente donc une réponse multidimensionnelle à la crise qui secoue le monde rural, touchant aussi bien au revenu des agriculteurs qu'à la gestion des ressources naturelles et à la protection contre les prédateurs.



