Loi d'urgence agricole : Sylvain Barone dénonce un détournement du regard sur les revendications paysannes
Loi agricole : l'eau, un détournement des revendications selon Barone

Loi d'urgence agricole : l'eau au cœur d'un détournement des revendications paysannes

Le projet de loi d'urgence agricole, présenté en conseil des ministres le 8 avril 2026, suscite de vives inquiétudes chez les experts. Pour Sylvain Barone, directeur de recherche à l'Inrae et auteur de « L'Eau, une affaire d'Etat. Enquête sur le renoncement écologique », ce texte marque une bascule alarmante dans la gestion des ressources hydriques en France.

Un affaiblissement de la démocratie de l'eau

Le projet de loi, composé de 23 articles, vise à alléger la réglementation environnementale sur l'eau. Il facilite la construction d'ouvrages de stockage pour l'irrigation, souvent entravée par des blocages sociétaux et administratifs, et renforce les pouvoirs du préfet au détriment des instances de gestion de l'eau. Selon Sylvain Barone, cette approche affaiblit durement la démocratie de l'eau, un pilier essentiel de la gouvernance environnementale en France.

Barone souligne l'absence de précaution de langage dans le texte, contrastant avec les pratiques antérieures du ministère, qui recherchait des compromis et un équilibre entre potentiel productif et protection écologique. Il estime que parler d'eau permet de détourner le regard d'autres revendications majeures du monde agricole, telles que la rémunération, les conditions de travail ou la transition agroécologique.

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Les implications pour l'agriculture et l'environnement

Cette loi, qui satisfait les syndicats agricoles majoritaires, pourrait avoir des conséquences néfastes à long terme. En privilégiant une logique de simplification administrative, elle risque d'accélérer l'épuisement des ressources en eau et de marginaliser les voix locales dans les décisions de gestion. Barone met en garde contre un renoncement écologique qui compromettrait la durabilité des pratiques agricoles et la résilience face aux changements climatiques.

L'expert appelle à une réflexion plus holistique, intégrant les dimensions sociales, économiques et environnementales des politiques agricoles. Il insiste sur la nécessité de ne pas sacrifier la démocratie participative au nom de l'urgence, rappelant que les enjeux de l'eau sont indissociables de ceux de la souveraineté alimentaire et de la justice sociale.

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