Un patriarche du vin bordelais s'en est allé
Le monde viticole girondin est en deuil après la disparition soudaine de Jean-François Janoueix, survenue le 11 avril 2022 à l'âge de 86 ans. Ce passionné d'art et de ruralité, qui a considérablement fait prospérer le groupe viticole familial, laisse un vide immense dans le vignoble bordelais. Les cloches de la collégiale de Saint-Emilion, où il assistait fidèlement à chaque messe dominicale, ont sonné en son honneur pour ses obsèques, célébrées le jeudi 14 avril 2022.
Un héritage viticole exceptionnel
Jean-François Janoueix était le patriarche hors norme d'un groupe viticole comptant une vingtaine de domaines sur la rive droite de la Gironde, parmi lesquels les prestigieux châteaux Haut-Sarpe et Castelot à Saint-Emilion. Troisième génération de cette famille corrézienne pionnière dans le commerce du vin bordelais depuis la fin du XIXe siècle, il fut le premier à naître en Gironde. Sous son impulsion, le groupe a non seulement prospéré mais a également acquis une dimension internationale, tout en conservant une identité paysanne profondément enracinée.
Il avait été décoré de l'Ordre du mérite agricole par Jacques Chirac en personne, un proche qu'il considérait comme « un grand frère ». Ses vins ont souvent été servis lors de dîners élyséens, sous les présidences de Chirac ou de Hollande, témoignant de son influence et de la qualité reconnue de ses productions.
Une vie foisonnante entre art et affaires
Au-delà du vin, Jean-François Janoueix était un féru d'arts, avec des passions marquées pour le jazz et la sculpture. Sa vie l'a conduit à partager des moments avec des figures emblématiques comme Salvador Dali, Charles Aznavour ou Serge Gainsbourg. Sur le livre d'or du château Haut-Sarpe, on peut retrouver les signatures de personnalités telles que Maurice Druon, Fernandel ou Alain Mimoun, illustrant son réseau étendu et son amour pour la culture.
Marié depuis près de soixante ans à Françoise, une « fille de la Creuse » dont il parlait souvent avec affection, il était surtout le chef d'une lignée familiale dynamique. Ses fils dirigent déjà de nombreux domaines, et la descendance promet de reprendre le flambeau, assurant la pérennité de son œuvre.
Un sens aiguisé du business et une simplicité attachante
Jean-François Janoueix alliait un sens aiguisé des affaires à une simplicité paysanne remarquable. Il entretenait un impressionnant fichier clients d'environ 30 000 noms, et aimait recevoir les meilleurs d'entre eux chez lui, dans son salon où trônait une cave à digestifs imposante. Les transactions se concluaient souvent, à l'ancienne, par une simple poignée de main, reflétant sa confiance et son authenticité.
Dans le hameau de Haut-Sarpe, il avait même construit une petite boîte de nuit, le « Glou glou », où ont notamment séjourné Alain Juppé ou Serge Gainsbourg. Chaque fin d'été, il bichonnait ses vendangeurs en les payant, les logeant et les nourrissant sur place, favorisant ainsi la formation de dizaines de couples au fil des millésimes. Il en était fier, et pour ses adieux, beaucoup ont pleuré l'homme qui les a fait se rencontrer.
Jean-François Janoueix laisse derrière lui non seulement une entreprise viticole florissante, mais aussi une communauté soudée et un patrimoine culturel riche. Son décès marque la fin d'une époque pour le vignoble bordelais, tout en ouvrant la voie à une nouvelle génération prête à perpétuer son héritage.



