La renaissance de l'horticulture varoise
Après des décennies de hauts et de bas, la fleur coupée varoise connaît aujourd'hui une croissance raisonnée mais constante. « On n'est pas encore revenus à de précédents âges d'or, comme ceux de l'œillet ou de la rose, mais l'horticulture varoise progresse de nouveau avec constance », affirme Marc Long, horticulteur et président de la Société d'intérêt collectif agricole du marché aux fleurs (Sica Maf), basée à Hyères.
Une organisation collective au service des petites exploitations
La Sica Maf représente le cœur battant de cette filière historique du Var. « Dans le Var, une exploitation horticole moyenne couvre 7 000 m2 à peine », précise Marc Long. Cette structure unique permet la massification de petites exploitations grâce à une organisation spécifique :
- La Sica Maf pour la logistique et la commercialisation
- Hyères hortipôle pour l'animation et la promotion
- Philaflor pour le suivi technique des fleurs et exploitations
- La marque Hortisud pour identifier et valoriser la production locale
L'institut Astredhor complète ce dispositif en gérant l'expérimentation et l'innovation.
Une remontée progressive après des crises majeures
La filière a frôlé la disparition à plusieurs reprises. « On se souvient de l'effondrement de l'œillet, il y a quelques décennies. Avec l'avènement de la rose, le chiffre d'affaires de la Sica a grimpé jusqu'à 65 millions d'euros annuels. Et là encore, l'effondrement au début des années 2000 a été violent, ce chiffre est tombé à 16 millions d'euros en 2005 », rappelle Marc Long.
Aujourd'hui, la situation s'améliore sensiblement : « On est proches de 40 millions d'euros annuels. Et le plus important pour nous : les horticulteurs qui travaillent bien vivent correctement de leur production ». Cette renaissance est portée principalement par la pivoine, l'anémone et la renoncule.
Les défis à relever pour l'avenir
Problématiques structurelles
Malgré l'engouement des consommateurs pour les fleurs françaises, la filière fait face à plusieurs difficultés :
- Crise des vocations : « On peine un peu à trouver la relève chez les producteurs », observe Paule Mistre, présidente d'Hyères hortipôle. Cette crise est liée à l'accès au foncier, problématique commune à toute l'agriculture.
- Accès à l'eau : « Ce qui fait cruellement défaut dans de nombreuses parties du département, c'est l'accès à l'irrigation », estime Michaël Loiseau, horticulteur à La Crau.
- Concurrence déloyale : « Nous faisons face à une concurrence déloyale de produits importés qui n'ont pas les mêmes contraintes que nous », déplore Paule Mistre.
Un chiffre illustre cette concurrence : si 80% des fleurs coupées françaises passent par la Sica Maf, moins de 15% des fleurs coupées vendues en France sont françaises.
La pivoine, star actuelle mais vulnérable
Michaël Loiseau, qui cultive 2,4 hectares de pivoines à La Crau, témoigne : « Ce n'est pas la concurrence qui va finir par tuer la pivoine varoise, c'est le changement climatique ! ». Il cultive treize variétés différentes pour limiter les risques : « Certaines sont plus sensibles au froid, au chaud, aux précipitations... Quand deux variétés sont en souffrance, les autres produisent tout de même ».
Cette culture exigeante nécessite « beaucoup de travail et de rigueur » et est particulièrement vulnérable aux aléas climatiques.
Les atouts pour poursuivre la croissance
Un soutien technique précieux
La force de la filière réside dans son organisation collective. Michaël Loiseau souligne : « On est épaulés et soutenus à tous les niveaux. Sans tout ça, on ne tiendrait probablement pas ». Lorsque ses pivoines ont été touchées par la maladie, « des techniciens de Philaflor sont venus, ont identifié la maladie, et nous ont indiqué le bon traitement à appliquer ».
Investissements et modernisation
La Sica Maf poursuit ses investissements avec :
- Une plus grande capacité frigorifique
- Un nouveau bâtiment dédié à la location de box réfrigérés
- L'acquisition envisagée d'une troisième chaîne d'emballage
Aurélie Bonifay, manager commerciale de la Sica, se réjouit : « Le site tourne à plein régime, toute la journée » pendant la pleine saison de la pivoine.
Perspectives d'avenir
La filière espère obtenir un affichage obligatoire des origines géographiques chez les fleuristes. En attendant, les consommateurs peuvent se fier à la marque Hortisud, « gage de qualité autant que de provenance », dont les fleurs garantissent une tenue en vase de sept jours minimum.
Marc Long conclut avec optimisme : « Il y a de nombreuses autres productions à développer, afin de faire tourner le marché aux fleurs sur les quatre saisons. Le marché l'attend, la demande est là ! ». La renaissance de l'horticulture varoise, bien que fragile, semble promise à un bel avenir si les défis structurels sont relevés.



