La cave coopérative de Frontignan, un modèle de résilience face aux turbulences du secteur viticole
Dans un contexte de difficultés économiques persistantes pour les caves coopératives viticoles, celle de Frontignan, dans l'Hérault, continue de briller par sa robustesse. Âgée de 122 ans, cette institution écoule deux millions de bouteilles annuellement à travers diverses gammes, défiant la crise structurelle de la filière. Les aléas climatiques, la baisse de consommation de vin, les tensions internationales et l'explosion des coûts de production n'ont pas entamé sa détermination.
William Juan, président depuis 2023, explique : "La situation s'est tendue depuis le Covid, avec des hausses de 75 à 100 % sur l'énergie, le verre et les matières sèches. Nous avons réduit légèrement les acomptes aux associés coopérateurs, mais notre modèle reste solide car nous maîtrisons toute la chaîne, de la production à la commercialisation. Nous ne vendons aucun volume au négoce et valorisons quasiment nos vins en bouteille." Il ajoute : "Nous sommes privilégiés grâce à des marchés qui nous permettent d'écouler tous nos produits."
Une stratégie commerciale diversifiée pour assurer la pérennité
La grande distribution constitue le principal débouché, représentant 60 % des ventes, suivie du réseau CHR et cavistes à 30 %, et du caveau local à 10 %. Cette dynamique repose sur la diversité des produits, une présence sur tous les segments tarifaires des vins doux naturels, et une capacité constante à renouveler l'offre autour du muscat à petits grains, un cépage remarquablement polyvalent.
Diversification : la clé du succès face à l'évolution des goûts
Si le muscat demeure au cœur de l'identité de la cave, il se décline désormais sous de multiples formes : sec, moelleux, vin doux naturel, pétillant, hors d'âge ou vin orange. "Ce qui est incroyable avec le muscat, c'est que l'on peut faire tout ce que l'on veut. Et l'on ne s'en prive pas", souligne William Juan.
Face à la désaffection pour les vins doux naturels depuis les années 1990, la coopérative a réagi en développant des muscats secs, avec les cuvées "Terres blanches" (100 % muscat à petits grains), "Terres d'or" (50 % viognier, 50 % muscat) et "Terres roses" (20 % syrah, 80 % muscat). Elle a également lancé un moelleux, "Ode au muscat", moins sucré qu'un vin doux naturel.
Inspirée par le succès du prosecco, la cave a créé un pétillant faiblement sucré et alcoolisé à 7,5°, baptisé "Piazza Navona". "Nous avons surfé sur ce succès, mais c'est une adaptation avec notre identité. Notre produit est meilleur, comme en témoignent les ruptures de stock initiales", se réjouit le président. Deux autres pétillants, "Les Ventres bleus" et "Invitation", complètent cette gamme.
Innovation continue : du vin rouge au gin
Alors que la cave bataille pour la reconnaissance en AOP du muscat rouge à petits grains, elle a sorti en 2023 son premier muscat rouge vinifié comme un vin doux naturel, "Muscat rouge premier", suivi d'un muscat orange, "Muscat premier orange", qui rencontre un vif succès lors d'Halloween et des fêtes de fin d'année, avec une production passant de 8 000 à plus de 10 000 bouteilles.
L'innovation reste un leitmotiv : après l'eau de vie de marc de muscat, la coopérative lancera en juin prochain un gin à partir de ses lies de vin, distillé à Vauvert avec du genévrier et une quinzaine d'épices et herbes aromatiques. À Frontignan, le muscat, fleuron du terroir, demeure une source d'inspiration inépuisable pour défier la crise et séduire de nouveaux consommateurs.



