La Fromagerie Matocq, une pépite béarnaise qui privilégie la qualité à la croissance
Installée à Asson, au cœur du Béarn, la fromagerie Matocq représente une entreprise singulière au sein du puissant groupe Lactalis. À 75 ans, cette ancienne structure familiale a choisi de privilégier la qualité et la diversification plutôt que la croissance à tout prix. Pour la rejoindre, il faut emprunter une longue route sinueuse, jusqu'à apercevoir son enseigne devant une vieille ferme perchée à flanc de colline, où les murs en galets traditionnels côtoient des hangars modernes.
Une entreprise atypique entre tradition et modernité
« Nous sommes une entreprise atypique, grande parmi les petites, petite parmi les grandes », explique Frédéric Nerrière, le directeur de la fromagerie. Son activité repose exclusivement sur l'affinage de fromages, avec un volume annuel impressionnant de 2 000 tonnes transitant par le site. L'entreprise génère un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros et emploie 25 salariés, affirmant son rôle économique local tout en conservant une échelle humaine.
Des origines fortuites et un ancrage régional préservé
Créée en 1950 de manière fortuite, l'histoire de la fromagerie Matocq est marquée par une reconversion réussie. « Le père Matocq était sabotier. Quand il a vu arriver le caoutchouc, il a compris que son activité allait décliner. Il a migré vers le fromage et l'affinage », raconte Frédéric Nerrière. Dans les années 1970, son fils a rejoint l'entreprise, qui a été cédée au groupe Lactalis en 2000, lorsque le volume atteignait 700 tonnes. « Pour la région, nous restons un acteur de poids, qui plus est adossé à Lactalis. Mais dans notre fonctionnement, nous restons une PME », insiste le directeur, soulignant ce double ancrage.
Le travail manuel, un choix délibéré face à la robotisation
Alors que de nombreuses filières fromagères optent pour la robotisation, la Fromagerie Matocq reste fermement attachée au travail manuel. « Un robot travaille très bien dès lors qu'il est bien programmé, mais il n'a pas d'œil. Quand on brosse un fromage, la main est guidée par l'œil. L'homme gomme plus facilement les imperfections que la machine », considère Frédéric Nerrière. Cette approche artisanale s'applique notamment aux 10% de l'activité consacrés aux fromages fermiers au lait cru, issus de producteurs partenaires locaux, tandis que 90% des volumes concernent des fromages au lait pasteurisé, majoritairement achetés au sein du groupe Lactalis.
Une croissance maîtrisée et tournée vers l'innovation
Depuis 2023, la fromagerie a engagé un programme d'investissements de 800 000 euros, mais son avenir sera placé sous le signe d'une « croissance maîtrisée ». Une contrainte physique explique en partie cette orientation : il n'y a plus de place pour agrandir l'entreprise sur son site historique. Déménager ? « C'est sûr, ça serait plus pratique d'acheter du terrain et d'aller mettre des grands hangars rectangles dans une zone parfaitement plate, reconnaît le directeur. Mais il y a pour ce lieu un vrai attachement de nos clients, de nos salariés, de nos fournisseurs ».
La croissance future de l'entreprise ne se fera donc pas par l'expansion physique, mais par l'innovation et la diversification. « Se diversifier par des aromatisations, des formats différents », énumère Frédéric Nerrière. « Le marché évolue, la consommation du fromage se fait de plus en plus nomade, en sandwicherie, en salades, on doit adapter nos fromages traditionnels à cette évolution. Mais il faut garder du sens, ne pas chercher forcément le gain à outrance et continuer à bien travailler ». Cette philosophie résume l'engagement de la Fromagerie Matocq : allier tradition et modernité, sans sacrifier la qualité à la quantité.



