Après le grand lancement de la Foncière d'avenir, une réunion publique était organisée à la sous-préfecture de Langon, jeudi 7 mai. La question du délai pour se manifester a été soulevée par les viticulteurs. Ce sont les prémices d'une révolution pour le paysage et l'agriculture de Gironde qui pourrait se faire à marche forcée.
Un nouveau remembrement pour répondre à la crise viticole
Jeudi 7 mai, la Foncière d'avenir de Gironde (FAG) était présentée lors d'une réunion publique à la sous-préfecture de Langon, après son grand lancement la veille par le préfet de la Gironde. Inédit, l'organisme expérimental se veut une réponse à la crise viticole en rachetant des terres avant de les revendre pour de nouveaux projets, agricoles en priorité. Un nouveau remembrement, plus de cinquante ans après l'adaptation du paysage agricole français à la mécanisation, qui sera notamment piloté par la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer) de Nouvelle-Aquitaine. « C'est bien d'un réaménagement du territoire qu'il s'agit », a appuyé Serge Delrieu, le sous-préfet de Langon.
Un appel à manifestation d'intérêt sous pression
Pour redessiner le territoire tout en répondant à l'urgence des viticulteurs en détresse, un appel à manifestation d'intérêt (AMI) a été lancé avec pour ambition de réaliser les premières acquisitions dès l'automne. Les propriétaires de terres agricoles sont invités à y déclarer les parcelles qu'ils seraient prêts à vendre. « Ce n'est pas engageant, il ne faut rien s'interdire », ont insisté les services de l'État lors de la réunion publique.
Si l'initiative, fruit du travail de nombreux acteurs publics et soutenue par les syndicats agricoles, semble faire consensus dans la profession, un point a fait tiquer certains viticulteurs présents : le délai pour répondre à l'AMI. Les candidats ont déjà moins d'un mois, jusqu'au 7 juin à 23 h 59, pour déposer leur dossier sur un site dédié.
Un mois jugé trop court par certains
« Moi, j'ai 48 ans, je suis la cinquième génération. Se dire que c'est moi qui vais vendre l'héritage familial… » Un mois pendant lequel la charge de travail est déjà importante. Difficile, dans ces conditions, d'aborder cette question sensible la tête froide. « Un mois pour dire : ''Je mets mes terres sur la table''… » a commencé Renaud Jean, du collectif Viti33, laissant sa phrase en suspens avant de reprendre : « Il y a de l'affect, on n'est pas en train de vendre un pull ou une bagnole ! »
Un sentiment partagé par d'autres viticulteurs contactés. « Moi, j'ai 48 ans, je suis la cinquième génération. Se dire que c'est moi qui vais vendre l'héritage familial… » imagine Mathieu Mercadier, viticulteur à Blasimon. Lui n'en fera pourtant pas partie. Il a bien quelques hectares dont il a arraché les vignes, mais avec un fils de 16 ans, il préfère les garder. « On ne sait pas de quoi l'avenir sera fait. » Mais, avec le poids symbolique de terres chargées du travail des générations précédentes, « il y en a qui vont hésiter », professe-t-il.
« Ils mettent un mois de délai pour que les gens n'aient pas le temps de réfléchir », peste Vincent Collineau, éleveur et viticulteur à Monségur et président de la Coordination rurale de la Gironde. « Il faut aller vite dans une période où on a du boulot par-dessus la tête. » Il se fait plus critique : « La Foncière, c'est pour récupérer du pognon pour que les banques se renflouent, ceux qui y vont sont ceux qui n'ont pas le choix. »
Un mal nécessaire pour d'autres
Pour Serge Rizzetto, qui faisait partie d'un collectif défendant la mise en place de l'arrachage collectif, l'équation est pourtant simple. « Depuis le temps qu'il y a la crise… Un mois, c'est court, mais le supplice dure depuis assez longtemps. Pour ceux qui sont en difficulté, s'ils ont une opportunité de pouvoir vendre leurs terres, je pense que ça va être vite réfléchi. C'est ça ou la faillite. » Viticulteur fraîchement retraité à Castelviel, il comprend pourtant bien l'affect qui entoure cette délicate décision. Lui a encore une quinzaine d'hectares qu'il va conserver et y mettre quelques brebis pour l'entretien. « Je ne veux pas m'en séparer, c'est familial. »
D'autant que le rachat se fera « au prix du marché », a prévenu la Safer, donc à un tarif très variable selon les territoires – la moyenne en Gironde est autour de 5 000 euros l'hectare, selon l'organisme. Autour de chez Serge Rizzetto, les surfaces se sont vendues à 2000 euros l'hectare. « Certains viticulteurs perdront tout le patrimoine familial de plusieurs générations pour une bouchée de pain. Évidemment que ça fait mal. Mais c'est mieux que rien, si ce n'est pas ça, c'est perdu quand même… »
À Targon, Vincent Percier le sait déjà : il va se servir de la Foncière d'avenir. « J'ai des terres que j'ai arrachées depuis trois ans que je vais mettre dedans. » Des terres dans la famille depuis soixante ans… « Mais ce sont des terres gélives (vulnérables face au gel, NDLR). Les anciens ont beaucoup planté dans les années 1980, 1990. » En remettant ces parcelles, environ trois hectares, dans le pot commun de ce remembrement de l'agriculture girondine, le vigneron appuie l'une des ambitions mises en avant par Michel Lachat, directeur départemental de la Safer, lors de la réunion publique : « Localiser les activités agricoles sur les secteurs les plus adaptés. »



