En Lot-et-Garonne, le céréalier Benoît Parisotto a dû rajouter 30 000 euros sur ses prévisions initiales, pour l'achat d'engrais et de GNR, dont les coûts explosent depuis le début du conflit au Moyen-Orient. L'image, réalisée avec l'IA, représente un derrick installé sur un rond-point à l'entrée d'Agen.
Une demande humoristique pour un forage pétrolier
« Nous avons officiellement sollicité auprès du préfet de Lot-et-Garonne l'autorisation de réaliser un forage pétrolier pour produire notre propre carburant afin de continuer à faire tourner nos tracteurs et remplir vos assiettes. » Les agriculteurs lot-et-garonnais des JA (Jeunes agriculteurs) et de la FDSEA 47 privilégient l'humour à la mobilisation. En pleines déclarations PAC, sous un ciel bleu propice aux travaux dans les champs, le temps est compté. L'argent aussi.
L'impact du conflit au Moyen-Orient
Un tiers de la production mondiale d'engrais transite par le corridor maritime situé au sud de l'Iran. Le conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février, et le blocage du détroit d'Ormuz ont sans surprise des répercussions sur leurs activités. Le prix du GNR, comme tout carburant, flambe. Celui des intrants explose : un tiers de la production mondiale d'engrais transite par le corridor maritime situé au sud de l'Iran. Et le trafic des navires-citernes est aujourd'hui pratiquement à l'arrêt.
Des coûts en hausse vertigineuse
À Ruffiac, dans le Lot-et-Garonne, Benoît Parisotto sort son petit carnet. « Je les connais par cœur… Mais j'ai quand même noté. À la fin du mois de janvier, la tonne d'engrais était à 450 euros. 500, puis 680 en mars. Pour arriver à 830 euros en ce mois d'avril. » Le céréalier a ainsi dû rajouter près de 20 000 euros sur ses prévisions initiales. En sus des 10 000 pour le GNR. « Soit 30 000 euros de plus à sortir d'une trésorerie déjà exsangue. »
« À la fin janvier, la tonne d'engrais était à 450 euros. 500, puis 680 en mars […] et 830 euros en ce mois d'avril. »
Des adaptations nécessaires
Sacrifier certaines cultures, diversifier s'avère indispensable. Benoît Parisotto, lui, va se passer de potasse – un fertilisant – pour cette campagne. En revanche, il ne peut éliminer l'engrais, dont ses cultures sont totalement dépendantes. « Sans azote, le maïs ne pousse pas. L'épi ne se forme pas. » D'autres vont épandre des apports naturels issus de la méthanisation, pour compenser. « Mais cela ne peut pas couvrir toutes les surfaces, notamment en conventionnel. »
Cette dépendance à la chimie, il fait avec. Bon an mal an. « Nous nous sommes posé plusieurs questions : faut-il tout mettre en culture ? Laisser quelques surfaces en jachère ? Celles qui sont notamment les moins rentables, sur les coteaux… Car elles ne sont pas irrigables. » L'agriculteur a également fait le choix de se séparer de l'un de ses salariés. « Mon père, mon fils, mon neveu me donnent un coup de main. »
Le gouvernement met 90 millions pour le GNR
Certains de ses voisins céréaliers ont opté pour d'autres cultures, à l'image du tournesol. Moins gourmandes en eau et en intrants. « J'avais déjà du tournesol l'année dernière sur bon nombre de parcelles. Et nous sommes contraints de respecter des rotations. De même, les assolements sont prévus six mois à l'avance. Et nous ne pouvions anticiper un tel conflit », détaille l'agriculteur, qui ne perd pas une miette du cours des céréales sur les marchés mondiaux.
« Je me connecte quotidiennement à 11 heures et je me positionne en fonction des prix. Nous espérons une augmentation du cours de la céréale. » À l'image des mois qui avaient suivi le début du conflit russo-ukrainien. Blé, maïs et autres céréales avaient alors fait un grand bond. « Sauf qu'à ce jour, il n'y a aucun signe qui nous permet d'affirmer qu'un tel scénario va se répéter. Les tarifs des intrants doublent voire triplent, pendant que la tonne de céréale, elle, a seulement pris 10 euros. »
L'agriculteur, dont les caisses sont déjà à sec, va donc une nouvelle fois solliciter un prêt à court terme. Dans ce contexte, la profession attend une – nouvelle – main tendue du gouvernement. « Plusieurs pays européens ont d'ores et déjà agi en faveur d'une baisse des taxes et notamment de la TVA de plus de 10 % : l'Espagne, l'Italie, la Grèce… En France ? Nous demandons sans délai la suppression des taxes sur tous les carburants ! », argumentent les responsables JA et FDSEA.
Même son de cloche chez la présidente de la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne, Karine Duc, qui sollicite un bouclier énergétique. « Nous le demandons depuis des années. » « Pour le GNR, on y met 90 millions, que je vais devoir prendre sur mon budget. Ce n'est pas de l'argent en plus », a déclaré en début de semaine la ministre de l'Agriculture Annie Genevard. « Prenez la mesure de l'effort qu'il y a eu : 15 centimes [par litre de GNR, NDLR]. Vous vouliez 30, mais 15 centimes c'est 53 millions d'euros sur le seul mois de mai, c'est ça la réalité. Et depuis le début de la crise, c'est 90 millions, c'est considérable », a-t-elle déclaré. « 15 centimes, c'est ridiculement bas », tance la patronne des agriculteurs lot-et-garonnais. Qui n'exclut pas, une fois le travail dans les champs terminés, de nouvelles mobilisations.



