Un livre pour raconter l'épopée des papeteries de Condat en Dordogne
Le journaliste périgordin Clément Bouynet retrace dans un nouvel ouvrage les 119 années d'existence des papeteries de Condat, qui ont définitivement fermé leurs portes. Intitulé « Condat, le géant de papier », ce livre richement illustré paraît ce vendredi 10 avril aux éditions Fanlac, dont le siège est situé à moins de 10 kilomètres du site industriel.
De la création à la fermeture : une histoire industrielle et sociale
1907-2026 : ces deux dates encadrent la création d'une usine de produits tannants au Lardin-Saint-Lazare, entre Périgueux et Brive, et la disparition des papeteries de Condat. À travers les transformations, l'apogée et le long déclin de l'entreprise, c'est tout un pan de la vie économique et sociale du Périgord qui est dépeint.
L'usine fut longtemps le plus gros employeur privé du département de la Dordogne, avec jusqu'à 1 200 salariés dans les années 1980. Clément Bouynet, journaliste à l'agence départementale de Sud Ouest à Périgueux, raconte les différentes vies de cette vaste usine, exemple emblématique de l'industrialisation dans un territoire rural.
Les conquêtes sociales et les batailles environnementales
L'auteur s'est concentré sur les questions sociales, environnementales et les derniers mois d'activité qui ont marqué « la fin du chapitre du papier ». Une trentaine de témoins, cadres ou ouvriers, évoquent avec fierté les grandes heures de la « papète », comme on l'appelait localement.
L'entreprise était à l'avant-garde du progrès social : salaires attractifs, primes, haut niveau de protection sociale, piscine, cinéma, dojo, courts de tennis pour les employés, et un comité d'entreprise généreux. « J'étais émerveillée par les Noëls à la salle des fêtes. On était des centaines et des centaines d'enfants, appelés un par un pour venir chercher nos cadeaux », raconte l'archiviste Karine Barde.
Cependant, ces souvenirs positifs sont tempérés par les dures réalités : conditions de travail difficiles avec absence de protections individuelles face aux effluves de chlore, odeurs persistantes et bruit assourdissant des machines. Les luttes sociales, les combats politiques et les batailles écologiques contre la pollution de l'air et de la rivière Vézère ont également jalonné l'histoire du site.
Un déclin multifactoriel et une nouvelle page
Le déclin de l'usine est survenu pour diverses raisons : mondialisation sauvage, avènement du numérique, erreurs stratégiques des directions. Le repreneur SPB n'a conservé que 21 des 200 derniers emplois, marquant la fin d'une ère.
Clément Bouynet, né il y a une trentaine d'années à quelques dizaines de kilomètres en aval de la Vézère, a joué au rugby dans sa jeunesse sur le terrain du Lardin, à l'ombre des imposantes cheminées. Il est revenu ces dernières années sur le site, qu'il compare à « un énorme paquebot », pour suivre « la fin de cycle ».
Le livre « Condat, le géant de papier » est publié à 23 euros et comprend dans chaque exemplaire un échantillon de papier bouffant et de papier couché fabriqué à Condat. Une nouvelle page s'ouvre désormais pour ce site de 26 hectares en bordure de la rivière Vézère.



