Il y a 20 ans, Chasseneuil-sur-Bonnieure respirait enfin
Chasseneuil-sur-Bonnieure respirait enfin il y a 20 ans

Le 28 avril 2003 restera une date mémorable pour les habitants de Chasseneuil-sur-Bonnieure. Ce jour-là, le contournement de la ville sur la RN 141 était ouvert à la circulation, mettant fin à des années de nuisances sonores et de pollution. Retour sur cet événement avec l'article paru à l'époque.

Un silence libérateur

Il est bientôt midi. Le maire de Chasseneuil, Bernard Gras, enjambe la chaussée et rejoint le gendarme posté à l'entrée de la déviation encore fermée. Aussitôt, c'est la délivrance. Il donne le top du départ et la première voiture, immatriculée dans la Côte-d'Or, s'engouffre sur la voie dans le sens Limoges-Angoulême. La nouvelle portion de RN 141 en 2x2 voies de 6 kilomètres est désormais ouverte. Chasseneuil-sur-Bonnieure est libéré du bruit et de la pollution.

Une demi-heure plus tard, dans cette ville de 3 117 habitants coupée en deux par la RN 141 depuis des années par un flot continuel de 10 000 véhicules par jour dont 25 % de camions, le calme en est presque dérangeant. Les passants s'arrêtent, étonnés. Tout le monde se regarde. Le silence est d'or. Le vacarme a laissé la place à une sorte de tranquillité surnaturelle. Les habitants se réveillent doucement de leur cauchemar. Un vélo coupe la rue principale, chose inimaginable plus tôt dans la matinée.

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Le soulagement des riverains

Catherine, une mère de famille qui habite en bordure de cette voie jadis très passagère, ouvre ses volets. « On va revivre », lance-t-elle avec bonheur. Depuis cinq ans qu'elle a posé ses valises ici, c'est la première fois qu'elle respire une grande bouffée d'oxygène en passant la tête dehors. D'un doigt, elle récupère la poussière qui s'est déposée sur l'embrasure de sa fenêtre. « Regardez ce que l'on respirait… Je n'ose pas imaginer dans quel état sont nos poumons. » Le temps semble avoir stoppé sa course.

Et comme pour bien marquer la fin du traumatisme, on parle de cet accident stupide et de ces deux personnes écrasées par un poids lourd en pleine ville il y a quelques semaines. « Si seulement l'ouverture de cette déviation avait eu lieu plus tôt », se désole un badaud. Martial André, lui, a préféré se rendre directement sur l'échangeur de Limoges et Confolens pour assister de près à la mise en service de cette « rocade ». Il faut dire qu'après de nombreuses nuits sans sommeil, cet événement représente pour cet habitant de Chasseneuil un énorme soulagement.

« J'habite sur la route de Confolens à la sortie de la ville et je peux vous dire que c'est un des plus beaux jours de ma vie », confie ce retraité. « Le soir, il était impossible de s'endormir. Le ballet incessant des camions nous cassait les oreilles. Maintenant, on va pouvoir se reposer et les personnes âgées vont revenir à la foire. Jusqu'à maintenant, on avait peur de se garer et se promener à pied était vraiment dangereux. »

Une nouvelle ère pour la commune

Déjà, les Chasseneuillais ont prévu de fêter ça les 10 et 11 mai. Au programme : un grand pique-nique, un défilé des associations… Chasseneuil-sur-Bonnieure, qui voit sa population augmenter tous les ans, a accueilli l'année dernière 54 nouvelles familles. La volonté du maire de faire de cette bourgade « une ville à la campagne » passait par la réalisation de cette déviation et de ce retour au calme. Maintenant, le projet d'aménagement de la traversée de Chasseneuil, « ce tuyau d'1,5 kilomètre », va pouvoir se faire. Un comité de pilotage a été mis en place par le préfet pour y donner plus de liberté au piéton et finaliser un plan de circulation. Des architectes urbanistes travaillent d'ores et déjà sur le dossier. À Chasseneuil, la vie est redevenue un long fleuve tranquille.

Réactions

Bernard Gras, maire de Chasseneuil : « On se retrouve au temps des vieilles cartes postales de la commune. Le progrès nous fait revenir en arrière. Chasseneuil va redevenir le gros village avec ses animations. La ville qui était coupée en deux et qui n'avait plus aucune relation va se retrouver. Maintenant, peut-être que les jeunes vont vouloir une piste de skate. On les a vus avec des rollers et des vélos profiter de la déviation lorsqu'elle était encore fermée. »

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Laurent Chenudeau, commerçant : « Je ne pense pas que les commerces de la ville souffrent de cette déviation. Au contraire, les gens qui habitent autour de Chasseneuil et qui n'osaient plus se déplacer en raison du trafic routier vont revenir. De plus, on va y gagner en hygiène de vie. Mon restaurant est à proximité de l'ancienne RN 141 qui passait au milieu de la commune et je peux vous dire que le soir, avec le bruit, on était content de s'arrêter. »

Colette Rivet, commerçante : « Il va y avoir un retour de nos clients qui trouvaient que la vie ici était invivable. Ça fait une demi-heure que la déviation est ouverte et c'est le calme total. On peut enfin respirer et les gens ne vont plus avoir peur de venir faire leurs courses. Maintenant, il faut attendre six mois pour se rendre compte de l'impact que ça va avoir sur notre chiffre d'affaires. La municipalité veut en tout cas faire de notre ville une ville étape. »