Chasse aux renards : une étude remet en cause son efficacité
Chasse aux renards : une étude remet en cause son efficacité

La chasse aux renards permet-elle réellement de limiter les attaques contre les poulaillers ? Une étude scientifique menée dans le Doubs remet en question cette méthode de régulation. Dans le Lot-et-Garonne, les piégeurs défendent une lecture plus nuancée.

Une étude remet en cause l'efficacité de la chasse aux nuisibles

Une étude publiée par Biological Conservation début mars remet en cause l'efficacité de la chasse aux nuisibles. Les scientifiques ayant basé leur étude dans le département du Doubs démontrent que la traque de ces animaux coûte plus cher que les dégâts qu'ils causent sans pour autant les diminuer. Parmi les animaux classés en France comme « espèces susceptibles de causer des dégâts » (ESOD), figure le renard roux. Ce statut juridique permet notamment sa régulation par le tir ou le piégeage tout au long de l'année, notamment en raison des dommages qu'il peut occasionner aux volailles.

Une expérience de près de quatre ans

Dans une étude complémentaire, les chercheurs ont mené une expérience pendant près de quatre ans (3,8 ans). Ils ont comparé deux zones d'un même secteur, une où le renard bénéficiait d'un statut de protection et l'autre où il était classé ESOD. Cette comparaison a permis d'évaluer l'impact réel de la régulation sur les populations et sur les attaques de poulaillers.

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Ils en ont conclu que le statut ESOD n'a pas entraîné de réduction du nombre de renards, ni de différences dans les taux de dégâts entre les zones étudiées. De plus, 82 % des intrusions seraient liées à des facteurs humains : faible protection des enclos, volailles laissées en liberté expliquerait ce chiffre. Pour les chercheurs, la solution la plus efficace serait donc l'amélioration de la protection des poulaillers, notamment en renforçant les clôtures en haut et en bas.

Une réalité différente dans le Lot-et-Garonne

Mais les chercheurs reconnaissent eux-mêmes la limite de leur étude : leurs résultats reposent sur un socio-écosystème particulier et ne peuvent pas être généralisés à l'ensemble du territoire français.

Dans le Lot-et-Garonne, certains acteurs locaux décrivent une réalité différente. « Pour comprendre la nature, il faut vivre dedans », estime Pascal Marotte, président de l'association départementale des piégeurs agréés. Son organisation regroupe environ 1 300 piégeurs, dont 780 bénévoles sur le terrain, intervenant à la demande de collectivités, d'agriculteurs ou de particuliers pour réguler certaines espèces.

« Nous ne sommes pas là pour détruire la nature, mais pour la réguler », insiste-t-il. Selon lui, les renards jouent un rôle écologique important en consommant des rats et d'autres rongeurs. « Mais quand il n'y a plus assez de nourriture, ils peuvent s'attaquer aux poulaillers. » Une situation plus nuancée dans le Doubs, où les populations de campagnol des champs peuvent atteindre plusieurs centaines d'individus par hectare, constituant une ressource alimentaire abondante pour les renards.

Manque de données et sous-déclaration des dégâts

Il explique que la crise du Covid-19 a largement permis la multiplication des renards. Durant cette période, les activités de piégeage ont été fortement réduites. « Les renards ont pu proliférer pendant deux ans et on a observé davantage de dégâts dans les poulaillers. »

Dans le département, plusieurs centaines de renards sont capturés chaque année : 1 639 en 2021-2022, 1 546 en 2022-2023 et 1 398 en 2023-2024. Mais ces chiffres restent difficiles à interpréter. Faute de données précises sur la taille des populations de renards roux, il est difficile de déterminer si cette « régulation » a un impact sur l'espèce.

Autre difficulté : les dégâts seraient largement sous-déclarés. « Beaucoup de particuliers ou d'agriculteurs ne signalent pas les attaques », explique Pascal. Or, ces données sont essentielles pour établir le montant des dégâts causés par les attaques de renards. La question de la gestion du renard comme celle de la corneille ou encore de la fouine s'inscrit dans un débat plus large : celui de la liste des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD), révisée tous les trois ans par l'État. La prochaine liste s'établira à l'été 2026.

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