Mouche suzukii, sécheresse, aides en baisse : la cerise de l’Aveyron innove pour survivre
Dans la vallée du Tarn, les arboriculteurs du Sud-Aveyron font face à une saison des cerises sous tension. Après une année 2024 exceptionnelle, la pression de la drosophile suzukii, un insecte ravageur, est particulièrement forte cette année. « Elle est arrivée très tôt, dès fin mai, alors qu’en 2024 nous avions été épargnés grâce à un printemps frais et humide », explique Nathalie Raitière, technicienne chargée du suivi des vergers.
Des filets de protection contre le ravageur
Pour se défendre, plusieurs exploitations ont déployé des filets de protection sur leurs cerisiers. Trois structures couvrent désormais près de 2,5 hectares, soit 10 % de la surface cultivée. Le coût reste un obstacle majeur : 40 000 euros par hectare. Les aides régionales, qui finançaient jusqu’à 50 % de l’investissement, n’ont pas été reconduites cette année, ce qui bloque de nouveaux achats. Cependant, des filets stockés en 2024 ont enfin été installés.
Alternatives aux insecticides : huiles essentielles et argile
En parallèle, des essais avec des huiles essentielles répulsives (menthe, citronnelle) sont menés pour réduire l’usage d’insecticides. « Nous avons une parcelle test où nous tentons de n’utiliser que des huiles essentielles, mais nous gardons un plan B en cas de forte pression », précise Nathalie Raitière. L’argile est également testée, permettant de réduire de moitié les traitements sur certaines variétés. Autre piste : l’introduction de la guêpe ganaspis, un prédateur naturel de la drosophile.
Irrigation raisonnée et réservoirs souples
Un projet avec le Parc naturel régional des Grands Causses vise à optimiser l’irrigation. Des capteurs météo et tensiomètres sont installés dans toute la vallée pour piloter l’irrigation au plus juste. « Nous voulons produire mieux, avec des cerises plus grosses, sans gaspiller l’eau », résume la technicienne. Des réservoirs souples, surnommés bouillottes, stockent l’eau hivernale pour une utilisation en mai et août, périodes clés de la fructification.
Des sols vivants pour retenir l’eau
L’accès à l’eau est conditionné à des efforts sur la fertilité des sols. Les producteurs utilisent des couverts végétaux, augmentent le taux d’humus et réduisent les intrants chimiques pour améliorer la capacité de rétention d’eau naturelle. Ces initiatives s’inscrivent dans le dispositif national Dephy, qui accompagne les fermes pilotes vers une réduction des produits phytosanitaires.
Des aides publiques indispensables
Malgré des résultats encourageants, les acteurs locaux s’inquiètent du désengagement progressif des financements publics. « On ne peut pas tout changer en un an, mais on avance. Les producteurs sont moteurs, mais sans aides, certains risquent de renoncer à ces pratiques durables », regrette Nathalie Raitière. Sur les 11 structures concernées, la majorité des producteurs sont impliqués. Dans une région où les cerisiers façonnent les paysages et l’économie, l’avenir de l’arboriculture dépendra de la continuité des soutiens.



